‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 162 sur 217 · DES CONQUETES DE JUSTINIEN- 2. DE SON GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

DES CONQUETES DE JUSTINIEN- 2. DE SON GOUVERNEMENT

Gomme tous ces peuples entroient pêle-mêle dans l'empire, ils s'incommodoient réciproquement; et toute la politique de ces temps-là fut de les armer les uns contre les autres ; ce qui étoit aisé, à cause de leur férocité et de leur avarice. Ils s'entre-détruisirent pour la plupart, avant d'avoir pu s'établir; et cela fit que l'empire d'Orient subsista encore du temps.

D'ailleurs, le Nord s'épuisa lui-même, et l'on n'en vit plus sortir ces armées innombrables qui parurent d'abord ; car, après les premières invasions des Goths et des Huns, surtout depuis la mort d'Attila, ceux-ci, et les peuples qui 'suivirent, attaquèrent avec moins de forces.

Lorsque ces nations, qui s'étoient assemblées en corps d'armée, se furent dispersées en peuples, elles s'afToiblirent beaucoup; répandues dans les divers lieux de leurs conquêtes, elles furent elles-mêmes exposées aux invasions.

Ge fut dans ces circonstances que Justinien entreprit de reconquérir l'Afrique et l'Italie, et fit ce que nos François^ exécutèrent aussi heureusement contre les Visi-

i. Les Francs de Clovis et de ses saccesseurs.

goths, les Bourguignons, les Lombards et les Sarrasins.

Lorsque la religion chrétienne fut apportée aux Barbares, la secte arienne étoit, en quelque façon, dominante dans l'empire. Valens leur envoya des prêtres ariens, qui furent leurs premiers apôtres. Or, dans l'intervalle qu'il y eut entre leur conversion et leur établissement, cette secte fut, en quelque façon, détruite chez les Romains; les Barbares ariens* ayant trouvé tout le pays orthodoxe, n'en purent jamais gagner l'affection ; et il fut facile aux empereurs de les troubler.

D'ailleurs, ces Barbares, dont l'art et le génie n'étoient guère d'attaquer les villes, et encore moins de les défendie, en laissèrent tomber les murailles en ruine. Procope nous apprend que Bélisaire trouva celles d'Italie en cet état. Celles d'Afrique^ avoient été démantelées par Genséric \ comme celles d'Espagne le furent dans la suite par Yitisa S dans l'idée de s'assurer de ses habitants.

La plupart de ces peuples du Nord, établis dans les pays du Midi, en prirent d'abord la mollesse, et devinrent incapables des fatigues de la guerre*^; les Vandales languissoient dans la volupté; une table délicate, des habits efféminés, des bains, la musique, la danse, les jardins, les . théâtres, leur étoient devenus nécessaires.

Us ne donnoient plus d'inquiétude aux Romains*, dit Halchus'', depuis qu'ils avoient cessé d'entretenir les

1. A. Ce qui fit qae les Barbares ariens, etc., et quMl fat fadie aux empereurs de les troubler.

2. A. Pour celles d'Afrique, elles aToieut été démantelées, etc.

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