‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 179 sur 217 · C*est-à-dlre leur rendirent la pareille · texte numérisé non relu

C*est-à-dlre leur rendirent la pareille

DES ROMAINS, GHAP. XXIi. 309

accusant, à leur tour, de magie ^ : et, montrant au peuple les églises dénuées d'images, et de tout ce qui avoit fait, jusque-là, l'objet de sa vénération, ils ne lui laissèrent point imaginer qu'elles pussent servir à d'autre usage qu'à sacrifier aux démons.

Ce qui rendoit la querelle sur les images si vive, et fit que, dans la suite, les gens sensés ne pouvoient pas proposer un culte modéré, c'est qu'elle étoit liée à des choses bien tendres : il étoit question de la puissance, et les moines l'ayant usurpée, ils ne pouvoient l'augmenter ou la soutenir qu'en ajoutant sans cesse au culte extérieur, dont ils faisoient eux-mêmes partie. Voilà pourquoi les guerres contre les images furent toujours des guerres contre eux; et que, quand ils eurent gagné ce point, leur pouvoir n'eut plus de bornes.

11 arriva, pour lors, ce que l'on vit quelques siècles après, dans la querelle qu'eurent Barlaam et Acyndine contre les moines^ et qui tourmenta cet empire jusqu'à sa destruction. On disputoit si la lumière qui apparut autour de Jésus-Christ sur le Thabor étoit créée ou incréée. Dans le fond, les moines ne se soucioient pas plus qu'elle fût l'un que l'autre; mais, comme Barlaam les attaquoit directement eux-mêmes, il falloit nécessairement que cette lumière fût incréée.

La guerre que les empereurs iconoclastes déclarèrent aux moines fit que l'on reprit un peu les principes du gouvernement ; que l'on employa, en faveur du public,

i. Léon le grammairien, Vie de Léon V Arménien, Ibid. Vie de ThéopMte, Voyez Suidaa, à Tarticle Constantin, flls de Léon. (M.) 2. Contre les moines du mont Athos, en 1339.

les revenus publics; et qu'enfin on ôta au corps de l'État ses entraves.

Quand je pense à l'ignorance profonde dans laquelle le clergé grec plongea les laïques, je ne puis m'empécber de le comparer à ces Scythes dont parle Hérodote*, qui crevoient les yeux à leurs esclaves, afin que rien ne pût les distraire et les empêcher de battre leur lait*.

L'impératrice Théodora rétablit les images; et les moines recommencèrent à abuser de la piété publique : ils parvinrent jusqu'à opprimer le clergé séculier même : ils occupèrent tous les grands sièges ', et exclurent peu à peu tous les ecclésiastiques de l'épiscopat; c'est ce qui rendit ce clergé intolérable ; et, si l'on en fait le parallèle avec le clergé latin; si l'on compare la conduite des papes ^ avec celle des patriarches de Constantinople, on verra des gens aussi sages que les autres étoient peu sensés.

Voici une étrange contradiction de l'esprit humain. Les ministres de la religion, chez les premiers Romains, n'étant pas exclus des charges et de la société civile, s'embarrassèrent peu de ses affaires. Lorsque la religion chrétienne fut établie, les ecclésiastiques, qui étoient plus séparés des affaires du monde, s'en mêlèrent avec modération ; mais, lorsque, dans la décadence de l'empire, les moines furent le seul clergé, ces gens, destinés, par une profession plus particulière, à fuir et à craindre les affaires, embrassèrent toutes les occasions qui purent leur y don-

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