Lettres Persanes, xix
4. L'Angleterre, la France et la Hollande. Esprit des lois, XXI, 21.
5. Ainsi les projets contre le Tare, comme celui qui fut fait soua le pontificat de Léon X, par lequel Tempereur devoit se rendre, par la Bosnie, à Constantinople, le roi de France par l'Albanie et la Gièce, d'autres princes s'embarquer dans leurs ports : ces projets, dis-Je, n'étoient pas sérieux, ou étoient faits par des gens qui ne voyoient pas l'intérêt de r£urope. (M.)
6. A. C'est leur félicité qu'il y ait dans le monde des Turcs et des Espagnols, les hommes du monde les plus propres à posséder inutilement
Dans le temps de Basile Porphyrogénète, la puissance des Arabes fut détruite en Perse ; Mahomet, fils de Sambraêl, qui y régnoit, appela du nord trois mille Turcs en qualité d'auxiliaires ^ Sur quelque mécontentement, il envoya une armée contre eux; mais ils la mirent en fuite. Mahomet, indigné contre ses soldats, ordonna qu'ils passeroient devant lui vêtus en robes de femme; mais ils se joignirent aux Turcs, qui d'abord allèrent ôter la garnison qui gardoit le pont de l'Araxe, et ouvrirent le passage à une multitude innombrable de leurs compatriotes.
Après avoir conquis la Perse, ils se répandirent d'Orient en Occident sur les terres de l'empire; et Romain Diogène ayant voulu les arrêter, ils le prirent prisonnier, et soumirent presque tout ce que les Grecs avoient en Asie jusqu'au Bosphore.
Quelque temps après, sous le règne d'Alexis Comnène, les Latins attaquèrent l'Occident. Il y avoit longtemps qu'un malheureux schisme avoit mis une haine implacable entre les nations des deux rites; et elle auroit éclaté plus tôt ; si les Italiens n'avoient plus pensé à réprimer les empereurs d'Allemagne qu'ils craignoient, que les empereurs grecs qu'ils ne faisoient que haïr.
On étoit dans ces circonstances, lorsque tout à coup il se répandit en Europe une opinion religieuse, que les lieux où Jésus-Christ étoit né, ceux où il avoit souffert, étant profanés par les infidèles, le moyen d'effacer ses péchés étoit de prendre les armes pour les en chasser. L'Europe étoit pleine de gens qui aimoient la guerre, qui
un grand empire. Ce texte est déjà modifié dans la seconde édition de 1734.
1. Histoire écrite par Nicéphore-Bryène César, Vies de Constantin Ducas et de Romain Diogène. (M.)
3«l GRANDEUR ET DÉCADENCE
avoient beaucoup de crimes à expier, et qu'on leur proposoit d'expier en suivant leur passion dominante; tout le monde prit donc la croix et les armes.
Les croisés, étant arrivés en Orient, assiégèrent Nicée, et la prirent; ils la rendirent aux Grecs; et, dans la consternation des infidèles, Alexis et Jean Comnène rechassèrent les Turcs jusqu'à TEuphrate.
Mais, quel que fût l'avantage que les Grecs pussent tirer des expéditions des croisés, il n'y avoit pas d'empereur qui ne frémit du péril de voir passer au milieu de ses États, et se succéder des héros si fiers et de si grandes armées.
Us cherchèrent donc à dégoûter l'Europe de ces entreprises; et les croisés trouvèrent partout des trahisons, de la perfidie et tout ce qu'on peut attendre d'un ennemi timide.
Il faut avouer que les Français, qui avoient commencé ces expéditions, n' avoient rien fait pour se faire souffrir. Au travers des invectives d'Andronic Comnène contre nous S on voit dans le fond que, chez une nation étrangère, nous ne nous contraignions point, et que nous avions pour lors les défauts qu'on nous reproche aujourd'hui.
Un comte français alla se mettre sur le trône de l'empereur : le comte Baudouin le tira par le bras, et lui dit : (( Vous devez savoir que quand on est dans un pays, il en u faut suivre les usages. Vraiment, voilà un beau paysan, (( répondit-il, de s'asseoir ici, tandis que tant de capitaines « sont debout! »
Les Allemands, qui passèrent ensuite, et qui étoient les meilleures gens du monde, firent une rude pénitence
i. Histoire d'AUxis, son père, liv. X et XI. (M.)
de nos étourderies, et trouvèrent partout des esprits que nous avions révoltés ^
Enfin, la haine fut portée au dernier comble; et, quelques mauvais traitements faits à des marchands vénitiens, l'ambition, l'avarice, un faux zèle, déterminèrent les Français et les Vénitiens à se croiser contre les Grecs.
Ils les trouvèrent aussi peu aguerris que, dans ces derniers temps, les Tartares trouvèrent les Chinois. Les François se moquoient de leurs habillements efféminés ; ils se promenoient dans les rues de Constantinople, revêtus de leurs robes peintes; ils portoient à la main une écritoire et du papier, par dérision pour cette nation, qui avoit renoncé à la profession des armes'; et, après la guerre, ils refusèrent de recevoir dans leurs troupes quelque Grec que ce fût.
Ils prirent toute la partie d'Occident, et y élurent empereur le comte de Flandres, dont les États éloignés ne pouvoient donner aucune j^ilousie aux Italiens. Les Grecs se maintinrent dans l'Orient, séparés des Turcs par les montagnes, et des Latins par la mer.
Les Latins, qui n'avoient pas trouvé d'obstacles dans leurs conquêtes, en ayant trouvé une infinité dans leur établissement, les Grecs repassèrent d'Asie en Europe, reprirent Constantinople et presque tout l'Occident.
Mais ce nouvel empire ne fut que le fantôme du prenoier, et n*en eut ni les ressources ni la puissance.
Il ne posséda guère, en Asie, que les provinces qui sont en deçà du Méandre et du Sangare : la plupart de celles d'Europe furent divisées en de petites souverainetés.