‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 189 sur 217 · Nicétfts, Histoire de Manuel Comnène, liv. I. (M · texte numérisé non relu

Nicétfts, Histoire de Manuel Comnène, liv. I. (M

2. Nicétas, Hist,, après la prise de Constantinople, ch. nu (M.)

De plus, pendant soixante ans que Constantinople resta entre les mains des Latins, les vaincus étant dispersés, et les conquérants occupés à la guerre, le commerce passa entièrement aux villes d'Italie; et Constantinople fut privée de ses richesses.

Le commerce même de l'intérieur se (it par les Latins. Les Grecs, nouvellement rétablis, et qui craignoient tout, voulurent se concilier les Génois, en leur accordant la liberté de trafiquer sans payer de droits * ; et les Vénitiens, qui n'acceptèrent point de paix, mais quelques trêves, et qu'on ne voulut pas irriter, n'en payèrent pas non plus.

Quoique avant la prise de Constantinople, Manuel Comnëne eût laissé tomber la marine; cependant, comme le commerce subsistoit encore, on pouvoit facilement la rétablir ; mais quand, dans le nouvel empire, on l'eut abandonné, le mal fut sans remède, parce que l'impuissance augmenta toujours.

Cet État, qui dominoit sur plusieurs îles, qui étoit partagé par la mer, et qui en étoit environné en tant d'endroits, n'avoit plus de vaisseaux pour y naviguer. Les provinces n'eurent plus de communication entre elles : on obligea les peuples de se réfugier plus avant dans les terres pour éviter les pirates; et, quand ils l'eurent fait, on leur ordonna de se retirer dans les forteresses, pour se sauver des Turcs*.

Les Turcs faisoient, pour lors, aux Grecs une guerre singulière : ils alloient proprement à la chasse des hommes; ils traversoient quelquefois deux cents lieues de

i. Cantacuzèae, liv. IV. (M.) 2. Pachymère, liv. Vil. (M.)

pays pour faire leurs ravages. Comme ils étoient divisés sous plusieurs sultans, on ne pouvoit pas, par des présents, faire la paix avec tous; et il étoit inutile delà faire avec quelques-uns ^ Ils s'étoient faits mahométans, et le zèle pour leur religion les engageoit merveilleusement à ravager les terres des chrétiens. D'ailleurs, comme c'étoit les peuples les plus laids de la terre', leurs femmes étoient affreuses comme eux; et, dès qu'ils eurent vu des Grecques, ils n'en purent plus souffrir d'autres*. Cela les porta à des enlèvements continuels. Enfin, ils avoient été de tout temps adonnés aux brigandages; et c' étoient ces mêmes Huns qui avoient autrefois causé tant de maux à l'empire romain^.

Les Turcs inondant tout ce qui restoit à l'empire grec en Asie, les habitants qui purent leur échapper fuirent devant eux jusqu'au Bosphore; et ceux qui trouvèrent des vaisseaux se réfugièrent dans la partie de l'empire qui étoit en Europe; ce qui augmenta considérablement le nombre de ses habitants; mais il diminua bientôt. Il y eut des guerres civiles si furieuses, que les deux factions

1 . Cantacazène, lir. UI, ch. xcxvi ; et Pachymère, Ht. XI, ch. ix. (M.)

2. Cela donna lieu à cette tradition du nord, rapportée par le Goth Joroandès, que Pbilimer, roi des Goths, entrant dans les terres gétiques, y ayant trouvé des femmes sorcières, il les chassa loin de son armée; qu*eUes errèrent dans les déserts, où des démons incubes 8*accouplèrent avec elle», d'où vint la nation des Huns. Genus ferocifsimum, quod fiait primum inter paludes, minutum, tetrum atque exile, nec cUia voce notum, nisi quœ humani termonis imaginem atsignabat. (M.)

3. Michel Ducas, Histoire de Jean Manitel, Jean et Constantin, ch. ix. Constantin Porphyrogénète, au commencement de son Extrait des ambassades, avertit que, quand les Barbares viennent à Constantinople, les Romains doivent bien se garder de leur montrer la grandeur de leurs richesses, ni la beauté de leurs femmes. (M.)

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