‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 47 sur 217 · A. n*a point ce paragraphe ni les deux suivants · texte numérisé non relu

A. n*a point ce paragraphe ni les deux suivants

6. Resterait à savoir ce quMl y a de vrai dans l*histoire des rois de Rome. Cest une question qu'on n*agitait pas encore au temps de Montesquieu. Le doute est venu avec Bcaufort.

7. Le sénat nommoit un magistrat de l'interrègne , qui élisoit le roi : eette élection devoit être confirmée par le peuple. Voyez Denys d'Halicarnasse, Uv. II, III et IV. (M.)

rendit absolu. Ces deux révolutions furent bientôt suivies d'une troisième.

Son fils Sextus, en violant Lucrèce, fit une chose qui a presque toujours fait chasser les tyrans d'une ville* où ils ont commandé : car le peuple, à qui une action pareille fait si bien sentir sa servitude, prend d'abord une résolution extrême*.

Un peuple peut aisément souffrir qu'on exige de lui de nouveaux tributs; il ne sait pas s'il ne retirera point quelque utilité de l'emploi qu'on fera de l'argent qu'on lui demande : mais quand on lui fait un affront, il ne sent que son malheur, et il y ajoute l'idée de tous les maux qui sont possibles.

Il est pourtant vrai que la mort de Lucrèce ne fut que l'occasion de la révolution qui arriva : car un peuple fier, entreprenant, hardi, et renfermé dans des murailles, doit nécessairement secouer le joug, ou adoucir ses mœurs.

Il devoit arriver de deux choses l'une : ou que Rome changeroit son gouvernement, ou qu'elle resteroit' une petite et pauvre monarchie.

L'histoire moderne nous fournit un exemple de ce qui arriva pour lors à Rome, et ceci est bien remarquable : car, comme les hommes ont eu dans tous les temps les mêmes passions, les occasions qui produisent les grands changements sont différentes, mais les causes sont toujours les mêmes.

Comme Henri VII, roi d'Angleterre, augmenta le pouvoir des communes pour avilir les grands, Servius Tul-

i. A. Des viUes où ils ont commandé.

2. Florus, I, 8. Sic enim effectum est ut agitatus injuriis populus cupidttate libertatis incenderetur, 3. A. Ou resteroit.

lius, avant lui, avoit étendu les privilèges du peuple* pour abaisser le sénat. Mais le peuple, devenu d'abord plus hardi, renversa Tune et l'autre monarchie.

Le portrait de Tarquin n'a point été flatté ; son nom n'a échappé à aucun des orateurs qui ont eu à parler contre la tyrannie. Mais sa conduite avant son malheur, que l'on voit qu'il prévoyoit; sa douceur pour les peuples vaincus; sa libéralité envers les soldats ; cet art qu'il eut d'intéresser tant de gens à sa conservation ; ses ouvrages publics ; son courage à la guerre ; sa constance dans son malheur ; une guerre de vingt ans, qu'il fit ou qu'il fit faire au peuple romain, sans royaume et sans biens; ses continuelles ressources, font bien voir que ce n'étoit pas un homme méprisable.

Les places que la postérité donne sont sujettes, comme les autres, aux. caprices de la fortune*. Malheur à la réputation de tout prince qui est opprimé par un parti qui devient le dominant, ou qui a tenté de détruire un préjugé qui lui survit I

Rome, ayant chassé les rois, établit des consuls annuels ; c'est encore ce qui la porta à ce haut degré de puissance. Les princes ont, dans leur vie, des périodes d'ambition ; après quoi, d'autres passions, et l'oisiveté même, succèdent : mais la république ayant des chefs qui changeoient tous les ans, et qui cherchoient à signaler leur magistrature pour en obtenir de nouvelles, il n'y avoit pas un moment de perdu pour l'ambition ; ils engageoient le sénat k proposer au peuple la guerre, et lui montroient tous les jours de nouveaux ennemis.

i. Voyez Zonare et Denys d^Halicarnasse, liv. IV. (M.) 2. Esprit des lois, XXI, ii. a Ce ne fut que la victoire qui décida sll falloit dire la foi punique ou la foi romaine, »

Ce corps y étoit déjà assez porté de lui-même : car, étant fatigué sans cesse par les plaintes et les demandes du peuple, il cherchoit à le distraire de ses inquiétudes, et à l'occuper au dehors*.

Or, la guerre étoit presque toujours agréable au peuple; parce que, par la sage distribution du butin, on avoit trouvé le moyen de la lui rendre utile.

Rome étant une ville sans commerce, et presque sans arts, le pillage étoit le seul moyen que les particuliers eussent pour s'enrichir*.

On avoit donc mis de la discipline dans la manière de piller ; et on y observoit, à peu près, le même ordre qui se pratique aujourd'hui chez les petits Tartares.

Le butin étoit mis en commun S et on le distribuoit aux soldats : rien n'étoit perdu, parce qu'avant de partir, chacun avoit juré qu'il ne détourneroit rien à son profit*. Or, les Romains étoient le peuple du monde le plus religieux sur le serment, qui fut toujours le nerf de leur discipline militaire'.

Enfin, les citoyens qui restoient dans la ville, jouissoient aussi des fruits de la victoire. On confisquoit une partie des terres du peuple vaincu, dont on faisoit deux parts : l'une se vendoit au profit du public ; l'autre étoit distribuée aux pauvres citoyens, sous la charge d'une rente en faveur de la république.

1. D'aiUeurs, Tautoritô du sénat étoit moins bornée dans les aflaires du dehors, que dans celles de la ville. (M.)

2. Saint-Évremond , ch. ii. « A proprement parler, les Romains étoient des voisins f&cheux et violents qui vouloient chasser les Justes possesseurs de leurs maisons, et labourer, la force à la main , les champs des autres. »

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