‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 48 sur 217 · Etprit des lois, VII, xiii. /n/l, ch. x · texte numérisé non relu

Etprit des lois, VII, xiii. /n/l, ch. x

Les consuls, nepouvant obtenir l'honneur du triomphe que par une conquête ou une victoire, faisoient la guerre avec une impétuosité extrême : on alloit droit à Tennemi, et la force décidoit d'abord.

Rome étoit donc dans une guerre éternelle et toujours violente : or, une nation toujours en guerre*, et par principe de gouvernement, devoit nécessairement périr, ou venir à bout de toutes les autres, qui, tantôt en guerre, tan tôt en paix, n'étoient jamais si propres à attaquer, ni si préparées à se défendre.

Par là, les Romains acquirent une profonde connoissance de l'art militaire. Dans les guerres passagères, la plupart des exemples sont perdus; la paix donne d'autres idées, et on oublie ses fautes et ses vertus même.

Une autre suite du principe de la guerre continuelle, fut que les Romains ne firent jamais la paix que vainqueurs : en effet, à quoi bon faire une paix honteuse avec un peuple, pour en aller attaquer un autre ?

Dans cette idée, ils augmentoient toujours leurs prétentions à mesure de leurs défaites* ; par là, ils consternoient les vainqueurs, et s'imposoient à eux-mêmes une plus grande nécessité de vaincre.

Toujours exposés aux plus affreuses vengeances, la constance et la valeur leur devinrent nécessaires^; et ces vertus ne purent être distinguées chez eux de l'amour de

1. A. met ici la note suivante : « Les Romains regardoient les étrangers comme des ennemis : hostis, selon Varron, De lingua latina, liv. IV, signifloit aa commencement un étranger qui viroit sous ses propres lois. »

2. Bomani «ntm graviores tune sunt quando vincuntur» Vie de Valérien dans les Historiœ Attgustœ scriptores. C*est une vieille maxime de la politique romaine qui survécut à la décadence de TEmpire. V. inf,, ch. iv. Bossuetf Ùiscourt sur l'histoire universelle, 111* partie, ch. vi.

3. A. Leur devinrent des vertus nécessaires ; et elles ne purent, etc.

soi-même, de sa famille, de sa patrie, et de tout ce qu'il y a de plus cher parmi les hommes*.

Les peuples d'Italie n'avoient aucun usage des machines propres à faire les sièges* ; et, de plus, les soldats n'ayant point de paye, on ne pouvoit pas les retenir longtemps devant une place : ainsi peu de leurs guerres étoient décisives. On se battoit, pour avoir le pillage du camp ennemi, ou de ses terres; après quoi, le vainqueur et le vaincu se retiroient chacun dans sa ville. C'est ce qui fit la résistance des peuples d'Italie, et en môme temps l'opiniâtreté des Romains à les subjuguer : c'est ce qui donna à ceux-ci des victoires qui ne les corrompirent point, et qui leur laissèrent toute leur pauvreté.

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