CHAPITRE V
DE l'état de la GRÈCE, DE LA MACÉDOINE,
DE LA STRIE ET DE l'ÉGTPTB
APRItS L'ARAISSBMENT DES CARTHAGINOIS.
Je m'imagine qu' Annibal disoit très-peu de bons mots, et qu'il en disoit encore moins en faveur de Fabius et de Marcellus contre lui-même. J'ai du regret de voir Tite- Live^ jeter ses fleurs sur ces énormes colosses de l'antiquité : je voudrois qu'il eût fait comme Homère, qui néglige de les parer, et qui sait si bien les faire mouvoir*.
Encore faudroit-il que les discours qu'on fait tenir à Annibal fussent sensés. Que si, en apprenant la défaite de son frère, il avoua qu'il en prévoyoit la ruine de Garthage, je ne sache rien de plus propre à désespérer des peuples qui s'étoient donnés à lui, et à décourager une armée qui attendoit de si grandes récompenses après la guerre.
Comme les Carthaginois, en Espagne, en Sicile, en Sardaigne, n'opposoient aucune armée qui ne fût malheareuse, Annibal, dont les ennemis se fortifioient sans cesse', fut réduit à une guerre défensive. Cela donna aux Romains