‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 73 sur 217 · Â. ajoute : Et qui ne recevoit que peu de secours · texte numérisé non relu

Â. ajoute : Et qui ne recevoit que peu de secours

la pensée de porter la guerre en Afrique : Scipioii y descendit. Les succès qu'il y eut obligèrent les Carthaginois à rappeler d'Italie Annibal, qui pleura de douleur en cédant aux Romains cette terre où il les avoit tant de fois vaincus.

Tout ce que peut faire un grand homme d'État et un grand capitaine, Annibal le fit pour sauver sa patrie : n'ayant pu porter Scipion à la paix, il donna une bataille, où la fortune sembla prendre plaisir à confondre son habileté, son expérience et son bon sens.

Garthage reçut la paix, non pas d'un ennemi, mais d'un maître t elle s'obligea de payer dix mille talents^ en cinquante années, à donner des otages, à livrer ses vaisseaux et ses éléphants, à né faire la guerre à personne sans le consentement du peuple romain; et, pour la tenir toujours humiliée, on augmenta la puissance de Massinisse, son ennemi étemel.

Après l'abaissement des Carthaginois, Rome n'eut presque plus que de petites guerres et de grandes victoires ; au lieu qu'aupara?ant elle avoit eu de petites victoires et de grandes guerres*.

Il y avoit, dans ces temps-là, comme deux mondes séparés : dans l'un, combattoient les Carthaginois et les Romains : l'autre étoit agité par des querelles qui duroient depuis la mort d'Alexandre : on n'y pensoit point à ce qui se passoit en Occident' : car, quoique Philippe, roi de Macédoine, eût fait un traité avec Annibal, il n'eut presque point de suite ; et ce prince, qui n'accorda aux Car-

*i. Le talent valait alors 5,280 francs.

S. Florus, liy. II, chap. vu.

3. Il est snrpreaant, comme Josèphe le remarque dans le livre contre Appion (I, chap. iv], qu'Hérodote ni Thucydide n'aient Jamais parlé des Romains, quoiqu'ils eussent fait de si grandes guerres. (H.)

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tbaginois que de très-foibles secours, ne fit que témoigner aux Romains une mauvaise volonté inutile.

Lorsqu'on voit deux grands peuples se faire une guerre longue et opiniâtre, c'est souvent une mauvaise politique de penser qu'on peut demeurer spectateur tranquille ; car celui des deux peuples qui est le vainqueur entreprend d'abord de nouvelles guerres; et une nation de soldats va combattre contre des peuples qui ne sont que citoyens.

Ceci parut bien clairement dans ces temps-là : car les Romains eurent à peine dompté les Carthaginois, qu'ils attaquèrent de nouveaux peuples, et parurent dans toute la terre, pour tout envahir.

Il n'y avoit pour lors, dans l'Orient, que quatre puissances capables de résister aux Romains : la Grèce, et les royaumes de Macédoine, de Syrie et d'Egypte. Il faut voir quelle étoit la situation de ces deux premières puissances, parce que les Romains commencèrent par les soumettre.

Il y avoit dans la Grèce, trois peuples considérables, les Étoliens, les Achaîens^ et les Béotiens : c'étoient des associations de villes libres qui avoient des assemblées générales et des magistrats communs. Les Étoliens étoient belliqueux, hardis, téméraires, avides du gûn, toujours libres de leur parole et de leurs serments, enfin, faisant la guerre sur la terre comme les pirates la font sur mer. Les Achaïens étoient sans cesse fatigués par des voisins ou des défenseurs incommodes. Les Béotiens, les plus épais de tous^ les Grecs, prenoient le moins de part qu'ils pouvoient aux affaires générales : uniquement conduits par le sentiment présent du bien et du mal, ils n'avoient pas assez d'esprit pour qu'il fût facile aux ora-

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