‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 87 sur 217 · COMMENT MITHBIDATE PUT LEUR RESISTER · texte numérisé non relu

COMMENT MITHBIDATE PUT LEUR RESISTER

De tous les rois que les Romains attaquèrent, Mithridate seul se défendit avec courage et les mit en péril.

La situation de ses États étoit admirable pour leur faire la gueire. Ils toucboient au pays inaccessible du Caucase, rempli de nations féroces dont on pouvoit se servir ; de là ils s*étendoient sur la mer du Pont : Hithridate la couvroit de ses vaisseaux, et alloit continuellement acheter de nouvelles armées de Scythes ; l'Asie étoit ouverte à ses invasions : il étoit riche, parce que ses villes sur le Pont-Euxin faisoient un commerce avantageux avec des nations moins industrieuses qu'elles '.

Les proscriptions, dont la coutume commença dans ces temps-là, obligèrent plusieurs Romains de quitter leur patrie. Mithridate les reçut à bras ouverts ; il forma des légions, où il les fit entrer, qui furent ses meilleures troupes '.

1. Montesquieu, pour ce chapitre entier, 8*est inspiré de Florus, qall suit en l*abrégeant. On retrouve, presque à chaque phrase, an souTenir de l*historien romain. (Aobert.) On peut ajouter qu*ii a eu deTant les yeui le Mithridate de Racine. Conf. Esprit des lois, XXI, 12.

2. C'est la vieille erreur antiéconomique que le dommage de Tun est le profit de Tautre. Tout au contraire, c'est entre nations riches et industri(?kisos que le commerce est le plus avantageux pour toutes deux. Qu'est-ce en eiïet que le commerce, sinon un échange de richesses ?

3. Frontiii, Stratagèmes, liv. II, chap. m, ex. 15, 27, dit qu'Arcbélaûs,

D'un autre côté, Rome, travaillée par ses dissensions civiles, occupée de maux plus pressants, négligea les affaires d'Asie, et laissa Mithridate suivre ses victoires, ou respirer après ses défaites.

Rien n*avoit plus perdu la plupart des rois que le désir manifeste qu'ils témoignoient de la paix ; ils avoient détourné, par là, tous les autres peuples de partager avec eux un péril dont ils vouloient tant sortir eux-mêmes. Mais Mithridate fit d'abord sentir à toute la terre qu'il étoit ennemi des Romains, et qu'il le seroit toujours.

Enfin les villes de Grèce et d'Asie, voyant que le joug des Romains s'appesantissoit tous les jours sur elles, mirent leur confiance dans ce roi barbare qui les appeloit à la liberté ^

Cette disposition des choses produisit trois grandes guerres, qui forment un des beaux morceaux de l'histoire romaine; parce qu'on n'y voit pas des princes déjà vaincus par les délices et l'orgueil, comme Antiochus et Tigrane; ou par la crainte, comme Philippe, Persée et Jugurtha ; mais un roi magnanime, qui, dans les adversités, tel qu'un lion qui regarde ses blessures, n'en étoit que plus indigné.

Elles sont singulières, parce que les révolutions y sont continuelles et toujours inopinées : car, si Mithridate pouvoit aisément réparer ses armées, il arrivoit aussi que, dans les revers, où l'on a plus besoin d'obéissance et de

lieutenant de Ifithridate, combattant contre Sylla, mit au premier rang ses chariots à (aux ; au second, sa phalange ; an troisième, les auxiliaires armés à la romaine, mixtis fugUivis Italiœ, quorum pervicaciœ multùm Hdêbat. Miihridiit& fit même une alliance avec Sertorius. Voyez aussi Plutarque, VU de LucuHus, (M.) 1. Esprit dei lois, XI, 19.

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