‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 88 sur 217 · II · texte numérisé non relu

II

discipline, ses troupes barbares Tabandonnoient : s'il avoit l'art de solliciter les peuples et de faire révolter las villes, il éprouvoit, à son tour, des perfidies de la part de ses capitaines, de ses enfants et de ses femmes : enfin, s'il eut affaire à des généraux romains malhabiles, on envoya contre lui, en divers temps, Sylla, LucuUus et Pompée.

Ce prince, après avoir battu les généraux romains, et fait la conquête de l'Asie, de la Macédoine et de la Grèce, ayant été vaincu à son tour par Sylla, réduit, par un traité, à ses anciennes limites, fatigué par les généraux romains, devenu encore une fois leur vainqueur et le conquérant de l'Asie, chassé par Lucullus et suivi dans son propre pays, fut obligé de se retirer chez Tigrane ; et, le voyant perdu sans ressource, après sa défaite S ne comptant plus que sur lui-même, il se réfugia dans ses propres États, et s'y rétablit.

Pompée succéda à Lucullus, et Mithridate en fut acca* blé : il fuit de ses États et, passant l'Âraxe, il marcha de péril en péril, par le pays des Laziens; et, ramassant dans son chemin ce qu'il trouva de barbares, il parut dans le Bosphore, devant son fils Maccharës, qui avoit fait sa paix avec les Romains '.

Dans l'abîme où il étoit, il forma le dessein de porter la guerre en Italie et d'aller à Rome avec les mêmes nations qui l'asservirent quelques siècles après, et par le même chemin qu'elles tinrent *.

1. A. Chassa par Lucullus, suÎTi dans son propre pays, obligé de se retirer chez Tigrane, vaincu avec lui ( voyant ce roi perdu sans ressource, ne comptant plus que sur lui-même, etc.

3. filithridate l'avoit fait roi du Bosphore. Sur la nouvelle de l'arrivée de son père, il se donna la mort. (M.)

Page 1