CHAPITRE XV
COMMENT, DANS l'ÉTAT FLORISSANT DE LA REPUBLIQUE, ROME PERDIT TOUT A COUP SA LIBERTK.
Dans le feu des dispatea entre les> partciciens et les plébéiens, ceux-ci demandèrent qae Foui djonnât des lois fixes, afin que les jugements ne fussent plus- l'eflet d*une volonté capricieuse, ou d'un pouvoir arbitraire. Après bien des résistances, le sénat y acquiesça. Pour composer ces lois, on nomma des décemvirs'. On ei*at qu'où devoit leur accorder un grand pouvoir, parce qu'ils avoieat à donner des lois à des partis qui étoieiU pvesque incompatibles. On suspendit la nomination de tous les magistrats ;: et dans les comices, ils furent élus seuls administrateurs de la république*. Ils se trouvèrent revêtus de la puissance consulaire et de la puissance tribuoltienne'. L'une leur donnoit le droit d'assembler le sénat; Tautre, celui d'assembler le peuple; mais ils ne convoquèrent ni Le sénat, ni le peuple*. Dix hommes dans la république étirent seuls
i. L*aa de Rome 302.
2. Tite-Livc, UI, c. x\xii. Plac3i creari decemviros sine provovatione, et ne qui» eo anno alius magistratus esset.
3. Us avoicnt une puissance plus que consulaire, et ils ne possédoient pas la puissance tribun itienne, mais ils en éioient débarrasséi. M. de Montesquiea transporte aux déceinvirs ce qui fut ordonné plus de quatre siècles après en faveur des empereurs. (CaéviBn.)
4. Ceci n*est point exact, h'^s consuls avaient le droit de conrvoqiier les comicei centuries, et, si Ton en croit Denys d'Halicarnasse, liv. X, les^tri-
toute la puissance législative, toute la puissance exécutrice, toute la puissance des jugements. Rome se vit soumise à une tyrannie aussi cruelle que celle de Tarquin. Quand Tarquîn exerçoit ses vexations, Rome étoit indignée du pouvoir qu'il avoit usurpé; quand les décemvirs exercèrent les leurs, elle fut étonnée* du pouvoir qu'elle avoit donné*.
Mais quel étoit ce système de tyrannie, produit par des gens qui n'avoient obtenu le pouvoir politique et militaire que par la connoissance des affaires civiles; et qui, dans les circonstances de ces temps-là, avoient besoin au dedans de la lâcheté des citoyens pour qu'ils se laissas* sent gouverner, et de leur courage au dehors pour les défendre ?
Le spectacle de la mort de Virginie, immolée par son père à la pudeur et à la liberté, fit évanouir la puissance des décemvirs. Chacun se trouva libre, parce que chacun fut offensé : tout le monde devint citoyen, parce que tout le monde se trouva père. Le sénat et le peuple rentrèrent dans une liberté qui avoit été confiée à des tyrans ridicules.
Le peuple romain, plus qu'un autre, s'émouvoit par les spectacles. Celui du corps sanglant de Lucrèce fit finir la royauté. Le débiteur, qui parut sur la place, couvert de plaies, fit changer la forme de la république. La vue de Virginie fit chasser les décemvirs. Pour faire condamner Manlius, il fallut ôter au peuple la vue du Capitole. La robe sanglante de César remit Rome dans la servitude.
buns avaient le droit de convoquer le Sénat, avant môme qu'on établit les décemvirs.