‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditionsChapitre 34 sur 442 · ROMAINE · texte numérisé non relu

ROMAINE

On n'avoit point de droits à se disputer sous les décemvirs; mais, quand la liberté revint, on vit les jalousies renaître* : tant qu'il resta quelques privilèges aux patriciens, les plébéiens les leur ôtèrent.

Il y auroit eu peu de mal, si les plébéiens s'étoient contentés de priver les pairiciens de leurs prérogatives, et s'ils ne les avoient pas offenses dans leur qualité même de citoyen. Lorsque le peuple étoît assemblé par curies ou par centuries, il étoit composé de sénateurs, de patriciens et de plébéiens. Dans les disputes, les plébéiens gagnèrent ce point', que seuls, sans les patriciens et sans le sénat, ils pourroient faire des lois qu'on appela plébiscites ; et les comices où on les fit s'appelèrent comices par tribus. Ainsi il y eut des cas où les patriciens' n'eurent point de part à la puissance législative*, et où ils furent soumis à

J. A. B. On vit des jalousies renaitrc*

â. Deoys d'Haï icarnasse, liv. XI, p. 725. (M.)

3. Par les lois sacrées, les plébéiens purent faire des plébiscites, seuls et sans que les patriciens fussent admis dans leur assemblée. Denys d'Halicarnasse, liv. VI, p. 410 ; et liv. VII, p. 430. (M.)

4. Par la loi faite après l'expulsion des doccmvirs, les patriciens furent soumis aux plôbiscites, quoiqu'ils n'eussent pu y donner leurs voix. Titc- Livc, liv. III, c. LV, et Denys d'Halicarnasse, liv. XI, p. 725. — Et cette loi fut

la puissance législative d'un autre corps de l'État. Ce fut un délire de la liberté. Le peuple, pour établir la démocratie, choqua les principes mêmes de la démocratie. 11 sembloit qu'une puissance aussi exorbitante auroit dû anéantir Tautorité du sénat; mais Rome avoit des institutions admirables. Elle en avoit deux surtout : par Tune, la puissance législative du peuple étoit réglée; par l'autre, elle étoit bornée.

Les censeurs, et avant eux les consuls S formoient et créoient, pour ainsi dire, tous les cinq ans, le corps du peuple; ils exerçoient la législation sur le corps même qui avoit la puissance législative. « Tibérius Gracchus, censeur, dit Cicéron, transféra les affranchis dans les tribus de la ville, non par la force de son éloquence, mais par une parole et par un geste ; et s'il ne l'eût pas fait, cette république, qu'aujourd'hui nous soutenons à peine, nous ne l'aurions plus'.»

D'un autre côté, le sénat avoit le pouvoir d'ôter, pour ainsi dire, la république des mains du peuple, par la création d'un dictateur, devant lequel le souverain baissoit la tête, et les lois les plus populaires restoient dans le silence*.

confirme» par celle de Publius Philo, dictateur, Tan de Rome 416. Tite- Live, liv. Vlil, c. \ii. (M.)

1. L'an 312 de Rome, les consuh Taisoient encore le cens, comme il parolt par Denys d'Halicaruassc, liv. XI. (M.)

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