‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditionsChapitre 406 sur 442 · LIVRE XXI, CHAP. XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI, CHAP. XVI

Il fallut donc se contenter de négocier avec les Arabes, comme les autres peuples avoient fait, c'est-à-dire de leur porter de l'or et de l'argent pour leurs marchandises. On commerce encore avec eux de la même manière ; la caravane d'Alep et le vaisseau royal de Suez, y portent des sommes immenses ^ .

La nature avoit destiné les Arabes au commerce ; elle ne les avoit pas destinés à la guerre ; mais lorsque ces peuples tranquilles se trouvèrent sur les frontières des Parthes et des Romains, ils devinrent auxiliaires des uns et des autres. Élius Gallus les avoit trouvés commerçants : Mahomet les trouva guerriers; il leur donna de l'enthousiasme, et les voilà conquérants '.

Le commerce des Romains aux Indes étoit considérable. Strabon ' avoit appris en Egypte qu'ils y employoient cent vingt navires : ce commerce ne se soutenoit encore que par leur argent. Ils y envoyoient tous les ans cinquante millions de sesterces. Pline *• dit que les marchandises qu'on en rapportoit se vendoient à Rome le centuple. Je crois qu'il parle trop généralement : ce profit fait une fois, tout le monde aura voulu le faire; et, dès ce moment, personne ne l'aura fait.

On peut mettre en question s'il fut avantageux aux Romains de faire le commerce de l'Arabie et des Indes. 11 falloit qu'ils y envoyassent leur argent, et ils n'avoient pas, comme nous, la ressource de l'Amérique, qui supplée à ce que nous envoyons. Je suis persuadé qu'une des

i. Les caravanes d*Alep et de Suez y portent deux millions de notre monnoie, et il en passe autant en fraude ; le vaisseau royal de Suez y porte aussi deux millions. (M.)

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