‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditionsChapitre 407 sur 442 · IV · texte numérisé non relu

IV

raisons qui fit augmenter chez eux la valeur numéraire desmonnoies, c'esl-à-dire établir le billon*, fut la rareté de Targent, causée par le transport continuel qui s'en faisoit aux Indes. Que si les marchandises de ce pays se vendoient à Rome le centuple, ce profit des Romains se faisoit sur les Romains mêmes, et n'enrichissoit point l'empire.

On pourra dire, d'un autre côté, que ce commerce procuroit aux Romains une grande navigation , c'est-à-dire une grande puissance; que des marchandises nouvelles augmentoient le commerce intérieur, favorisoient les arts, entretenoient l'industrie; que le nombre des citoyens se multiplioit à proportion des nouveaux moyens qu'on avoit de vivre ; que ce nouveau commerce produisoit le luxe, que nous avons prouvé être aussi favorable au gouvernement d'un seul que fatal à celui de plusieurs; que cet établissement fut de même date que la chute de leur république; que le luxe à Rome étoit nécessaire; et qu'il falloit bien qu'une ville qui attiroit à elle toutes les richesses de l'univers, les rendît par son luxe *.

Strabon ' dit que le commerce des Romains aux Indes étoit beaucoup plus considérable que celui des rois d' Egypte ; et il est singulier que les Romains, qui connoissoient peu le commerce, aient eu pour celui des Indes plus d'attention que n'en eurent les rois d'Egypte, qui l'avoient, pour ainsi dire, sous les yeux. 11 faut expliquer ceci.

Après la mort d'Alexandre, les rois d'Egypte établirent

1. Montesquieu ontend par là la baisse du titre et Taltération des moQDoies, v. inf. XXII, xxiii.

2. Tout le i*c8te du chapitre, àTeiception du dernier paragraphe, ne so trouve point dans A. B.

3. Il dit, au liv. II, que les Romains y employoient cent vingt navires ; et au liv. XVII, que les rois grecs y en envoyoient à peine vingt. (M.)

Page 1