‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 100 sur 975 · CÉPHISE ET L'AMOUR · texte numérisé non relu

CÉPHISE ET L'AMOUR

Un jour que ferrais dans les bois dTdalie avec la jeune Cerise, je trouvai F Amour qui dormait couché sur des fleurs, et couvert par quelques branchés de myrte qui cédaient douoement aux haleines des zéphyrs. Les Jeux et les Ris, qui le suivent toujours, étaient allés folâtrer loin de lui : il était seul. Pavais l'Amour en mon pouvoir; son arc et son carquois étaient à ses côtés; et, si j'avais voulu, j'aurais volé les armes de l'Amour. Céphise prit Tare du plus grand des dieux; elle y mit un trait sans que je m'en aperçusse , et le lança contre moi. Je lui dis en souriant : Prends-en un

' Cette bagatelle iDgénieoseetdélicateestd^autantplas froide qa*dle est plus travaillée , et qa^elle amionce la prétention d'être poète en proae, sans avoir rten du feu de la poésie. L'^H'rit y est prodigué, la grâce étudiée. L*auteur est hors de son genre, qui est la pen8ée;etil y rentresans cesse malgré lui, et an préjudice du sentiment. Sa force déplacée le trahit : c*est on aigle qui voltige du» des bocages; on sent qull y est gêné, et qull resserre avec peine un vol fait pour les hauteurs des montagnes et FimmoMité des deux, (t* H.)

LE TEMPLE DE GNIBE

second; faift-moi une autre blessure; oelle^i est trop douce. Elle voulut ajuster un autre trait; il lui tomba sur le pied , et elle cria doucement : c'était le trait le plus pesant qui fût dans le carquois de TAmoar ! Elle le reprît , le fit voler ; il me frappa , je me baissai. Ab ! Céphise, tu veux donc me faire mourir ? Elle s'approcha de 1* Amour. Il dort profondément , dit-elle; il s'est fatigué à lancer ses traits. n dot cueillir des fleurs, pour lui lier les pieds et les mains. Ah ! je n'y puis consentir : car il nous a toujours favorisés. Je vais donc, dit-elle, prendre ses armes, et lui tirer une flèche de toute ma force. Mais il se réveillera, lui dis-je. Eh bien! qu'il se réveiU§ : que pourra-t-il faire que nous blesser davantage ? Non, non : laissons-le dormir ; nous resterons auprès de lui , et nous en serons plus enflammés. Céphise prit alors des feuilles de myrte et de roses. Je yeux , dit-elle , en couvrir l'Amour. Les Jeux et les Ris le chercheront, et ne pourront plus le trouver. EQe les jeta sur lui ; et elle riait de voir le petit dieu presque enseveli. Mais à quoi m'amusé-je? diteDe; il faut lui couper les ailes, afin qu'il n'y ait plus sur la terre d'hommes volages; car ce dieu va de eceur en cœur, et porte partout l'inconstance. Elle prit ses ciseaux, s'assit; et, tenant d'une main le bout des ailes dorées de l'Amour, je sentis mon eœur frappé de crainte. Arrête, Céphise! Elle ne m*entendit pas. Elle coupa le sommet des ailes de TAmour, laissa ses ciseaux, et s'enfiiit.

Lorsqu'il se fut réveillé, il voulut voler; et il sentit un poids qu'il ne connaissait pas. U vit sur les fleurs le bout de ses ailes; il se mit à pleurer. Jupiter, qui l'aperçut du haut de l'Olympe , lui envoya un nuage qui le porta dans le palais de Gnîde , et le posa sur le sein de Vénus. Ma mère, dit-il , je battais de mes ailes sur votre sein ; on me les a coupées : que vais-je devenir? Mon fils, dit la belle Cypris, ne pleurez point; restez sur mon sein; ne bougez pas : la chaleur va les faire renaître. Ne voyez- vous pas qu'elles sont plus grandes ? Embrassez-moi : elles croissent; vous les aurez bientôt comme vous les aviez ; j'en vois déjà le sommet qui se dore : dans un moment.... C'est assez : volez, volez, mon fils. Oui, dit-il, je vais me hasarder. U s'envola; il se reposa auprès de Vénus, et revint d'abord sur son sein. Il reprit l'essor ; il alla se reposer un peu plus loin , et revint encore sur le sein de Vénus. Il l'embrassa, elle lui sourit; il l'embrassa encore, et badina avec elle; et enfin il s'éleva dans les airs , d'où il règne sur toute la nature.

L'Amour, pour se venger de Céphise, l'a rendue la plus volage de toutes les belles. U la fait brûler chaque jour d'une nouvelle flamme. Elle m'a aimé , elle a aimé Daphnis , et elle aime aujourd'hui Cléon. Cruel Amour, c'est moi que vous punissez ! Je veux bien porter lapeine deson crime ; mais n'auriez-vous point d'autres tourments à me faire souffrir?

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