CHAPITRE PREMIER
ÇkMMDcncements de Rome. — Ses guerres.
11 ne faut pas prendre de la ville de Rome , dans ses commencements, Tidée que nous donnent les Tilles que nous voyons aujourd'hui , à moins que ce ne soit de celles de la Crimée, faites pour renfer- OMT le butin, les bestiaux, et les fruits de la campagne. Les noms anciens des principaux lieux de Rome ont tous du rapport à cet usage.
La tflle n'avait pas même de rues, si Ton n'appelle de ce nom la continuation des chemins qui y aboutissaient. Les maisons étaient placées sans ordre et très-petites; car les hommes, toujours au travail ou dans la place publique, ne se tenaient guère dans les maisons.
Mais la grandeur de Rome parut bientôt dans les édifices publics. Les ouvrages qui ont [donné, et qui donnent encore aujourd'hui la plus haute idée de sa puissance, ont été faits sous les rois*. On eommençait déjà à bâtir la ville éternelle.
Ronniius et ses successeurs furent presque toujours en guerre avec leurs voisins pour avoir des ôtoyeos , des femmes , ou des terres ; ils revenaient ians la ville avec les dépouilles des peuples vaincus ; c^étaieDtdes gerbes de blé et des troupeaux : cela y cassait une grande joie. Voilà l'origine des triompbes qui furent dans la suite la principale cause des Sradeurs où cette ville parvint.
Rome accrut beaucoup ses forces par son union avee les Sabins, peuples durs et belliqueux comme
'OEtomngi,jé«enlcmeDtiegardéccMnmelecheM*cBiivTe *lioiitc«|iileo,panit6Q 1734. L*aate<irétaitalondADSiaqiianBt^-doqoième année.
"▼ofei réloooenient de Denyt d'Halicamasse sur les égôatt BitiptrTiniain. ( Jnt. rom. Ux, 111. ) — Ib subsistent encore.
les Lacédémoniens, dont ils étaient descendus. Ro« mulus prit leur bouclier, qui était large, au lieu du petit bouclier argien dont il s'était servi jusqu'alors ^ Et on doit remarquer que ce qui a le plus contribuéàrendrelesRomainsles maîtres dumonde, c'est qu'ayant combattu successivement contre tous les peuples , ils ont toujours renoncé à leurs usages sitôt qu'ils en ont trouvé de meilleurs.
On pensait alors, dans les républiques d'Italie, que les traités qu'elles avaient faits avec im roi ne les obligeaient point envers son successeur : c'était pour elles une espèce de droit des gens>; ainsi, tout ce qui avait été soumis par un roi de Rome se prétendait libre sous un autre, et les guerres naissaient toujours des guerres.
Le règne de Numa , long et pacifique , était trèspropre à laisser Rome dans sa médiocrité; et, si elle eût eu dans ce temps-là un territoire moins borné et une puissance plus grande, il y a apparence que sa fortune eût été fixée pour jamais.
Une des causes de sa prospérité , c'est que ses rois furent tous de grands personnages. On ne trouve point ailleurs, dans les histoires, une suite non interrompue de tels hommes d'État et de tels capitaines.
Dans la naissance des sociétés, ce sont les cfaefii des républiques qui font l'institution ; et c'est ensuite l'institution qui forme les che£i des r^mblîques.
Tarquin prit la couronne sans être élu par le sénat ni par le peupfe'. Le pouvoir devenait héré-
' PurrABQUB, Fie de Rofnuhu.
* Gela paraît par toote l*histoife des rois de Ronse.
3 Le sénat nommait un magistrat de nntenè^qidéUsattle roi : cette élection devait être confirmée par le peuple. Yoyei Denys d'HaUcamasse, Uv. H, lU etlV.
GRANDEUR ET DECAimNCE DES ROMAINS,
ditaîre : il le rendit absolu. Ces deux révolutions furent bientôt suivies d'une troisième.
Son fils Sextus , en violant Lucrèce , fit une chose qui a presque toujours fait chasser les tyrans des villes où ils ont commandé : car le peuple, à qui une action pareille fait si bien sentir sa servitude , prend d'abord une résolution extrême.
Un peuple peut aisément souf&ir qu'on exige de lui de nouveaux tributs : il ne s»t pas s'il ne retirera point quelque utilité de l'emploi qu'on fera de l'argent qu'on lui demande; mais, quand on lui a fait un affront, il ne sent que son malheur, et il y ajoute l'idée de tous les maux qui sont possibles.
Il est pourtant vrai que la mort de Lucrèce ne fut que l'occasion de la révolution qui arriva; car un peuple fier, entreprenant, hardi, et renfermé dans des murailles, doit nécessairement secoua le JQug ou adoucir ses mœurs.
11 devait arriver de deux choses Fune : ou que Rome changerait son gouvernement, ou qu'elle resterait une petite et pauvre monarchie.
L'histoire moderne nous fournit un exemple de ce qui arriva pour lors à Rome; et ceci est bien remarquable : car, comme les hommes ont eu dans tous les temps les mêmes passions, les occasions qui produisent les grands changements sont différentes, mais les causes sont toujours les mêmes.
Comme Henri VU, roi d'Angleterre, augmenta le pouvoir des communes pour avilir les grands, Servius Tullius, avant lui, avait étendu les privilèges du peuple pour abaisser le sénat'. Mais le peuple, devenu d'abord plus hardi, renversa Tune et l'autre monarchie.
Le portrait de Tarquin n'a point été flatté; son nom n'a échappé à aucun des orateurs qui ont eu à parler contre la tyrannie ; mais sa conduite avant son malheur, que l'on voit qu'il prévoyait; sa douceur pour les peuples vaincus ; sa libéralité envers les soldats ; cet art qu'il ent d'intéresser tant de gens à sa conservation ; ses ouvrages publics ; son courage à la guerre; sa constance dans son malheur; une guerre de vingt ans , qu'il fit on qu'il fit faire au peuple romain, sans royaumes et sans biens; ses continuelles ressources, font bien voir que ce n'était pas un homme méprisable.
Les places que la postérité donne sont sujettes , comme les autres, aux caprices de la fortune. Mal-
* Yoyei ZoiHB« et Denyt dUdiearnaMe , 11t. TV.
I heur à la réputation de tout prince qui est opprimé par un parti qui devient le dominant , ou qui a tenté de (détruire on pr^ugé qui lui survit !
Rome, ayant chassé les rois, établit des consuls annuels ; c'est encore ce qui la porta à ce haut degré de puissance. Les princes ont dans leur vie des périodes d'ambition; après quoi, d'autres passions, et l'oisiveté même, succèdent; mais la république ayant des chefs qui changeaient tous les ans , et qui cherchaient à signaler leur magistrature pour eo obtenir de nouvelles , il n'y avait pas un moment de perdu pour l'ambition; ils engageaient le sénat à proposer au peuple la guerre , et lui montraient to«is les jours de nouveaux ennemis.
Ce corps y était déjà assez porté de lui-même; car, étant fatigué sans cesse par les plaintes et les demandes du peuple, il cherchait à le distraire de ses inquiétudes , et à l'occuper au dehors '.
Or la guerre était presque toujours agréable au peuple, parce que, par la sage distribution du butin, on avait trouvé le moyen de la lui rendre utile.
Rome étant une ville sans commerce , et presque sans arts , le piHage était le seul moyen que les particuliers eussent pour s'enrtehîr.
On avait donc mis de la discipline dans Is manière de piller, et on y observait à peu près le même ordre qui se prati^e aujourd'hui ches les petits Tartares.
Le butin était mis en commun * , et on le distri buait anx soldats : rien n'était perdu, parce que, avant de partnr, chacun avait juré qu'il ne détournerait rien à son profit. Or les Romains étaient le peuple du monde le plus religieux sur le serment, qui fut toujours le nerf de leur discipline militaire.
Enfin, les citoyens qui restaient dans la ville jouissaient aussi des fruits de la victoire. On confisquait une partie des terres du peuple vaincu, dont on faisait deux parts : l'une se vendait au profit du public ; l'autre était distribuée aux pauvres citoyens , sous la charge d'une rente en faveur de la république.
Les consuls, ne pouvant obtenir l'honneur du triomphe que par une conquête ou une victoire , faisaient la guerre avec une impétuosité extrême : on allait droit à l'ennemi, et la force décidait d's* bord.
■ D'alIIeonraotorité dasénatéfalt motos bornée daas les af' faires du tfebon que dans edles de la vUle » Voyez Polybe,Uv.X.