CHAPITRE II
orfinairement dans ses héros la force, Tadrésse ou ragilHé du corps, devraient trouver Salluste bien ridicale, qui lone Pompée « de ce qu'il courait, « sautait, et portait un faurdeau aussi bien qu'hom- « me de son temps '. »
Toutes les fois que les Romains se crurent en danger, ou qu'ils voulurent réparer quelque perte, oe fot une pratique constante chez eux d'a£fennir la discipline militaire *. Ont-ils à fadre la guerre aux Lâftias , peuples aussi aguerris qu'eux-mêmes , Manlius songe à augmenter la force du commandement , eC ûtit mourir son fils, qui avait vaincu sans son ordre. Soat-ils battus à Numance , Scipion Émilien les prive d'abord de tout ce qui les avait amollis ^. Les légions romaines ont-elles passé sous le joug en Numidie, Métellus répare ceUe honte dès qu'il leur a fût reprendre les institutions anciennes. Marras, pour battre les Cimbres et les Teutons, commence par éêiouTDer les fleuves; et Sylla fait si bien travailler les soldats de son armée ef&ayée de la guerre contre Mithridate, qu'ils lui demandent le combat comme la fin de leurs peines^.
Poblius Nasica, sans besoin, leur fit construire une année navale. On craignait plus l'oisiveté que les ennemis.
Anlo-Gelle^ donne d'assez mauvaises raisons de U cootome des Romains de faire saigner les soldats qd avaient commis quelque faute : la vraie est que , U toree étant la principale qualité du soldat, c'était le d^rader que de l'afiiaiblir.
Des hommes si endurds étaient ordinairement sains. On ne remarque pas, dans les auteurs , que les armées romaines , qui faisaient la guerre en tant de climats > périssent beaucoup par les maladies ; au fieaqo^il arrive presque continuellementaujourd'hui qœ des années, sansavoir combattu, sefondeot pour ainsi dire dans une campagne.
Parmi nous, les désertions sont fréquentes , parce que les soldats sont la phis vile partie de chaque nattoo, et qu'il n'y en a aucune qui ait ou qui croie avoir un certain avantage sur les autres. Chez les Romains, elles étaient plus rares : des soldats tirés
aaitu, cum velocibtu cunu , cmmvalidi»
vecte ceriabaU Fragment de Salluste rapporté par Yégèce, Bt. I, diap. IX.
* La diadpliiie militaire est la cbotequi aparala première dna leur fi^t etla dendére quis*y est perdoe; tant elle était ■tlthlmà Uicopstttntlon détour répuMigoe. (Bo68UET,2>ûe. oir TAîsl. iMuv. troisième partie, ch.yi.)
•> n Tcadit tootei les bètes de somme de raimée, et fit porter à ch«|Qeaoldatda blé poor trente Jours, et sept pieoz. (&mMfi. 4e Florus, Ut* LTH.)
4 FROsrmi, Stratagèmes, Ut. I, chap. xi.
^Ut. X,cliap. Tni.
MOffTESQVIfiO.
du sein d'un peuple si fier, si orgueilleux, si sûr de commander aux autres , ne pouvaient guère penser à s'avilir jusqu'à cesser d'être Romains.
Comme leurs armées n'étaient pas nombreuses, il était aisé de pourvoir à leur subsistance; le dief pouvait mieux les coimattre , et voyait plus aisément les fautes et les violations de la discipline.
La force de leurs exercices, les chemins admirables qu'ils avaient construits, les mettaient en état de faire des marches longues et rapides '. Leur présence inopinée glaçait les esprits : ils se montraient surtout après un mauvais succès , dans le temps que leurs ennemis étaient dans cette négligence que donne la victoire.
Dans nos combats d'aujourd'hui un particulier n'a guère de confiance qu'en la multitude ; mais chaque Romain , plus robuste et plus aguerri que son ennemi , comptait toujours sur lui-même : il avait naturellement du courage, c*est-à-dire de cette vertu qui est le sentiment de ses propres forces.
Leurs troupes étant toujours les mieux disciplinées , il était difficile que dans le combat le plus malheureux ils ne se ralliassent quelque part, ou que le désordre ne se mît quelque part diez les ennemis. Aussi les voit-on continuellement dans les histoires, quoique surmontés dans le commencement par le nombre ou par l'ardeur des ennemis , arracher enfin la victoire de leurs mains.
Leur principale attention était d'examiner en quoi leur ennemi pouvait avoir de la supériorité sur eux , et d'abord ils y mettaient ordre. Ils s'accoutumèrent à voir le sang et les blessures dans les spectacles des gladiateurs, qu'ils prirent des Étrusques *.
Les épées tranchantes des Gaulois ' , les éléphants de Pyrrhus, ne les surprirent qu'une fois. Ils suppléèrent à la faiblesse de leur cavalerie 4, d'abord en ôtant les brides des chevaux pour que l'impétuosité n'en pût être arrêtée, ensuite en y mêlant .des vélites^. Quand ils eurent connu l'épée espagnole, ils
> Voyez surtout la défaite d*Asdmbal , et leur diligence contre Yiriatus.
* Fragment de Nicolas de Damas, livre X, Uré d*Athénée, liv. lY . Avant qae les soldats partissent poor Tannée , on leur donnait un comlMit de gladiateurs. (Jules CAPrroLiN , Vie de Maxhm et de Balbin.)
3 Les Romains présentaient leurs Javelots, qui recevaient les coups des épées gauloises, et les émoussaient
4 Elle fcit encore meilleorequecelte des petits peuples dltalie. On la formait des principaux citoyens , à qui le public entretenait un cheval. Quand elle mettait pied à terre, il n*y avait point dinfanterie plus redoutable, et très>souvent elle déterminait la victoire.
5 Cétaient de Jeunes liommes légèrement armés , et les plus ' agiles de la légion , qui au moindre signal sautaient sur U
GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS
Citèrent la leur'. Ils éludèrent la science des pilotes par l'invention dHine machine qoe Polybe nous a décrite. Enfin, comme dit Josèphe*, la guerre était pour eux une méditation, la paix un exercice.
Si quelque nation tint de la nature ou de son institution quelque avantage particulier, ils en firent d'abord usage : ils n'oublièrent rien pour avoir des chevaux numides, des archers crétois , des frondeurs baléares, des vaisseaux rhodiens.
Enfin jamais nation ne prépara la guerre avec tant de prudence, et ne la fit avec tant d'audace.