‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 105 sur 975 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Conunent les Romaias purent s'agrandir.

Comme les peuplesde l'Europe ont dans ces tempsci à peu près les mêmes arts , les mêmes armes, la même discipline, et la même manière défaire la guerre, la prodigieuse fortune des Romains nous paraît Inconcevable. D'ailleurs il y a aujourd'hui une telle disproportion dans la puissance , qu'il n'est pas possible qu'un petit État sorte par ses propres forces de l'abaissement où la Providence l'a mis.

Ceci demande qu'on y réfléchisse , sans quoi nous verrions des événements sans les comprendre ; et ne sentant pas bien la différence des situations, nous croirions, en lisant l'histoire ancienne, voir d'autres hommes que nous.

Une expérience continuelle a pu faire connaître en Eim)pe qu'im prince qui a un million de sujets ne peut, sans se détruire lui-même, entretenir plus de dix mille hommes de troupes : il n'y a donc que les grandes nations qui aient des armées.

Il n'en était pas de même dans les anciennes républiques ; car cette proportion des soldats au reste du peuple, qui est aiyourd'bui comme d'un à cent, y pouvait être aisément comme d'un à huit.

Les fondateurs des anciennes républiques aval ent également partagé les terres : cela seul faisait un peuple puissant, c^est-à-dire une société biai réglée; cela faisait aussi une bonne armée, chacun ayant un égal intérêt , et très-grand, à défendre sa patrie.

Quand les lois n'étaient plus rigidement obser-

croupe des chevaux, oa combattaient à pied. (YiOÈRE-MAXiirE, Uv. II; Tite-Ute, llv. XXVI.)

* Fragment de Polybe, rapporté par Suidas au mot f**x*»P*»

» De Belto jitdaico lib. m.

vées, les choses revenaient au point où elles sont à présent parmi nous : Tavirice de quelques par* ticuliers , et la {nrodigalité des autres , faisaient patser les fonds de terre dans peu de mains , et d*abord les arts s'introduisaient pour les besoiDS mutuels des riches et des pauvres. Gela fiiisait qu'il n'y avait presque plus de citoyens ni de soldats ; état les foncb de terre, destinés auparavant à l'entretieB de ces derniers, étaient employés à celui des esdaves et des artisans , instruments du hixe des nouveaux possesseurs : sans quoi l'État , qui, malgré son dérèglement doit subsister, aurait péri. Avant la corruption , les revenus primitifs de l'État étaient partagés entre les soldats, c'est-à-dire les laboureurs : lorsque la république était corrompue, ils passaient d'abord à des hommes riches qui les rendaient aux esclaves et aux artisans, d'où on en retirait, par le moyen des tributs, une partie pour l'entretien des soldats.

Or ces sortes de gens n'étaient guère propres à la guerre : ils étaient lâdies , et déjà corrompus par le luxe des villes,. et souvent par leur art même; outre que, comme ils n'avaient point proprem^it de patrie , et qu'ils jouissaient de leur industrie partout, ils avaient peu à perdre ou à conserver.

Dans un dénombrement de Rome fait quelque temps après l'expulsion des rois' , et dans eehii que Démétrius de Phalère fit à Athènes * , il se trouva à peu près le même nombre d'habitants : Romeen avait quatre cent quarante mille, Athènes quatre cent trente et un mille. Mais ce dénombrement de Rome tombe dans un temps où elle était dans la force de son institution, et celui d'Athènes dans un temps où elle était entièrement corrompue. On trouva que le nombre des dtoyens pubères faisait à Rome le quart de ses habitants , et qu'il faisait à Athènes un peu moins du vingtième : la puissance de Rome était donc à celle d'Athènes, dans ces divers temps, à peu près comme un quart est à un vingtième , c'ésv à-dire qu'elle était cinq fois plus grande.

Les rois Agis et Cléomènes voyant qu'au lieu de neuf mille citoyens qui étaient à Sparte du temps du Lycurgue^, il n'y en avait plus que sept cents dont à peine cent possédaient des terres^, et que

> Cest te dénombremeBt dost parle Denys dflatteaniaiM dans le Uyk IX, art ss , et quimeparait être le méme^ue oalui qull rapportée la fin detoa lizlèiie livre, qui ftitfiAtaeise anf après Texpulsion des rois.

* CntoiCLto, dans Athé$tét, Ut. VL

3 C^taientéescitoymide la vUle appelés pcopresiait Spaw^ tioUi, Lycurgne fit pour eux neuf mUe parU; U en donne trente mUle aux antras iiaUtanU. Yoycs Platamae, yie am Lyeurgue,

4 Voyei Plutaïque, fie tPAgis et de CliomàMÉi.

Page 1