‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 116 sur 975 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

Des divisîoiis qai forent toujours dans U ville.

Pendant que Rome conquérait l'univers, il y avait dans ses murailles une guerre cachée : c'étaient des feux comme ceux de ces volcans qui sortent sitôt que quelque matière vient en augmenter la fermentation.

Après l'expulsion des rois, le gouvernement était devenu aristocratique : les familles patriciennes obtenaient seules toutes les magistratures, toutes les dignités^, et par conséquent tous les honneurs militaires et civils ^

Les patriciens voulant empêcher le retour des rois, cherchèrent à augmenter le mouvement qui était dans l'esprit du peuple ; mais ils firent plus qu'ils ne voulurent; à force de lui donner de la haine pour

> MiUiridate rayait fait roi du Bosphore. Sur la nouvelle de rarrlvée de son père, U se donna la mort. * Voyez Applen , de Bello mithridatico.

3 Voyez PlaUurque, dans la Fie de Pompée: et Zonaras, llv.n.

4 Les patriciens avaient même en quelque façon do caractère sacré : il n'y avait qu'eux qui pussent prendre les auspices. VoyezdansTite-Uve, liv. VI, la harangue d'ApplusCIaudius.

^ Par exemple, il n'y avait qu'eux qui pussent triompher, puIsquHl n*y avait qu'eux qui pussent être consuls et commander les armées.

les rois, ils lui donnèrent un désir immodéré de la liberté. Comme l'autorité royale avait passé tout entière entre les mains des consuls, le peuple sentit que cette liberté dont on voulait lui donner tant d'amour, il ne l'avait pas : il chercha donc à abaisser le consulat, à avoir des magistrats plébéiens, et à partager avec les nobles les magistratures curules. Les patriciens furent forcés de lui accorder tout ee qu'il demanda; car dans une ville où la pauvre était la vertu publique, où les richesses, cette voie sourde pour acquérir la puissance, étaient m^risées, la naissance et les dignités ne pouvaient pas donner de grands avantages. La puissance devait donc revenir au plus grand nombre, et l'aristocratie se changer peu à peu en un État populaire.

Ceux qui obéissent à un roi sont moins tourmentés d'envie et de jalousie que ceux qui vivent dans une aristocratie héréditaire. Le prince est si loin de ses sujets qu'il n'en est presque pas vu ; et il est si fort au-dessus d'eux qu'Us ne peuvent imaginer aucun rapport qui puisse les choquer; mais les nobles* qui gouvernent sont sous les yeux de tous, et na sont pas si élevés que des comparaisons odieuses na se fiassent sans cesse : aussi a-t-on vu de tout temps , et le voit-on encore , le peuple détester les sénateurs. Les républiques , où la naissance ne donne aucune part au gouvernement, sont à cet égard les plus heureuses; car le peuple peut moins envier une autorité qu'U donne à qui il veut, et qu'il reprend à sa fantaisie.

Le peuple, mécontent des patriciens, se retira sur le Mont-Sacré : on lui envoya des députés qui l'apaisèrent; et comme chacun se promit secours l'un à l'autre en cas que les patriciens ne tinssent pas les paroles données* , ce qui eût causé' à tous les instants des séditions, et aurait troublé toutes les fonctions des magistrats, on jugea qu'il valait mieux créer une magistrature qui pût empêcher les injustices faites à un plébéien *. Mais , par une maladie éternelledes hommes, les plébéiens, qui avai^t obtenu des tribuns pour se défendre, s'en servirent pour attaquer; ils enlevèrent peu à peu toutes les prérogatives des patriciens : cela produisit des contestations continuelles. Le peuple était soutenu ,' ou plutôtammépar ses tribuns , et les patriciens étaient défendus par le sénat, qui était presque tout composé de patriciens, qui était plus porté poiu* les maximes anciennes, et qui craignait que la populace n'élevât à la tyrannie quelque tribtm.

Le peuple employait pour lui ses propres forces,

' ZoNARAS, I. n. ' Origine des tribuns du peuple.

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