CHAPITRE Vn
Ifitbridate put leor réiister.
De tous les rois que les Romains attaquèrent, Ifillffidate seul se défendit avec courage , et les mit en péril.
La situation de ses États était admirable pour leur Cure la guerre. Ils touchaient au pays inaccessible do Caucue , rempli de nations féroces dont on pouvait se servir; de là ils s'étendaient sur la mer du Pont : Mitiuridate la couvrait de ses vaisseaux , et allait continuellement achetar de nouvelles armées de Scytiics; FAsie était ouverte à ses invasions; il était ridie, parce que ses villes sur le Pont-Euxin fusaient un conunerce avantageux avec des nations moins industrieuses qu'elles.
Les iHt)Scriptions, dont la coutume commença dans ces temps-là, obligèrent plusieurs Romains de quitter leur patrie. Mithridate les reçut à bras ouverts ; fl forma des légions , où il les fit entrer, qui fiircnt ses meilleures troupes '.
DHm autre cdté, Rome travaillée par ses dissen-
r, d'odI étédorant pUttieuniiëclesque des romafaKS. (Bosscm, i>ùe. $ur VHist, unh. troi- I, eh. VI.) *TtmnKk^Sàmtagèwui, liv. 0, dit qa'ArchéUOs, lleotaiant dt HRtaMUr, eofBbattant contre Sylla, mK au prnnier rang
sions civiles, occupée de maux plus pressants, négligea les af&ires d'Asie , et laissa Mithridate suivre ses victoires , ou respirer après ses défaites.
Rien n'avait plus perdu la plupart des rois que le désir manifeste qu'ils témoignaient de la paix ; ils Paient détourné par là tous les autres peuples de partager avec eux un péril dont ils voulaient tant sortir eux-mêmes. Mais Mithridate fit d'abord sentir à toute la terre qu'il était ennemi des Romains , et qu'il le serait toujoun.
Enfin les villes de Grèce et d'Asie , voyant que le joug des Romains s'appesantissait tous les joun sur elles, mirent leur confiance dans ce roi barbare, qui les appelait à la liberté.
Cette disposition des dioses produisit trois grandes guerres, qui forment un des beaux morceaux de l'histoire romaine, parce qu'on n'y voit pas des princes déjà vaincus par les délices et l'orgueil , comme Antiochus etTigrane, ou par la crainte, comme Philippe, Persée et Jogurtha ; mais un roi magnanime qui , dans les adversités , tel qu'un lion qui regarde ses blessures, n'en était que plus indigné.
Elles sont singulières, parce que les révolutions y sont continuelles et toiyours inopinées; car, si Mithridate pouvait aisément réparer ses armées, il arrivait aussi que , dans les revers , où Ton a plus besoin d'obéissance et de discipline, ses troupes barbares l'abandonnaient; s'il avait Fart de solliciter les peuples, et de fdre révolter les villes, il éprouvait à son tour des perfidies de la part de ses capitaines , de ses enCeuitset de ses femmes; enfin , s'il eut affeire à des généraux romains malhabiles , on envoya contre lui, en divera temps, Sylla, Lucullus et Pompée.
Ce prinoe, après avoir battu les généraux romains et fait la conquête deFAsie, de la Macédoine et de la Grèce, ayant été vaincu à son tour par Sylla, réduit, par un traité, à ses anciennes limites, fatigoépar les généraux romains, deveûu encore une fois leur vainqueur et le conquérant de TAsie, chassé par Lucidlus , suivi dans son propre pays , fiit
obligé de se retirer chez Tigrane : et, le voyant perdu sans ressource après sa défaite , ne comptant plusque sur hii-méme, il se réfugia dans ses propres États, et s'y rétablit.
Pompée succéda à Lucullus , et Mithridate en fîit
8C«chaTk)ttàfaia;aaieoood, «phalange; an torfalto^ aaxUlaires armèi à la romaine : Mixtiê JUgitivit JtaUm, quorum pervkaeûe mulhtm jUiebaL mUirldate flt même une alliance avec Sertorhis. Voyei auail Piatarqae, ru 4$ Lucullus,
GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS
aceablé : il fuit de ses États, et, passant l'Araxe, il marcha de péril en péril par le pays des Laziens ; et, ramassant dans son chemin ce qu'il trouva de barbares, il parut dans le Bosphore, devant son fils Maccliarès, qui avait fait sa paix avec les Romains '.
Dans Tabime où il était, il forma le dessein de porter la guerre en Italie , et d'aller à Rome avec les mêmes nations qui l'asservirent quelques siècles après, et par le même chemin qu'elles tinrent *.
Trahi par Phamace, un autre de ses fils, et par une armée effrayée de la grandeur de ses entreprises et des hasards quMl allait chercher, il mourut en roi.
Ce fut alors que Pompée , dans la rapidité de ses victoires, acheva le pompeux ouvrage de la grandeur de Rome. U unit au corps de son empire des pays infinis, ce qui servit plus au spectacle de la magnificence romaine qu'à sa vraie puissance; et, quoiqu'il parût par les écnteaux portés à son triomphe qu'il avait augmenté le revenu du fisc de plus d'un tiers, le pouvoir n'augmenta pas, et la liberté publique n'en fut que plus exposée '.