‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 154 sur 975 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

est que les êtres particuliers intelligents sont bornés [Mf leur nature, M par conséquent sujets à l'erreur; et , d'un autre côté , il est de leur nature qu'ils agissentpareux-mémes. Ils nesuivent donc pas constamment leurs lois primitives; et celles mêmes qu'ils se domieDt , ils ne les suivent pas toujours.

On ne sait si les bétes sont gouvernéerpar les lois géi»érales du mouvement , ou par une motion partiôiliêre. Quoi qu'il en soit, elles n'ont point avec Dieu de rapport plus intime que le reste du monde matériel; et le sentiment^e leur sert que dans le rapport qu'elles ont entre elles, ou avec d'autres êtres particuliers, ou avec elles-mêmes.

Par l'attrait da plaisir, elles conservent leur être particulier, et par le même attrait elles conservent leur espèce. Elles ont des lois naturelles, parce qn'efles sont unies par le sentiment; elles n'ont point lie lois positives, parce qu'elles ne sont point unies par la connaissance. Elles nesuivent pourtant pai invariablement leurs lois naturelles : les plantes, es qui nous ne remarquons ni connaissance ni sentiment, les suivent mieux.

Les bêtes n'ont point les suprêmes avantages que nous avons; elles en ont que nous n'avons pas. EUes n'ont point nos espérances, mais elles n'ont pas DOS craintes; elles subissent comme nous la mort, mais «l'est sans la connattre : la plupart même se conservent mieux que nous, et ne font pas un aussi mauvais usage de leurs passions.

L'homme, comme être physique, est, ainsi que les autres corps , gouverné par des lois invariables; comme être intelligent , il viole sans cesse les lois que Dieu a établies, et change celles qu'il établit hri-même. Il faut qu'il se conduise, et cependant il est un être borné ; il est sujet à l'ignorance et à Perreur, comme tontes les intelligences finies ; les ^bles connaissances qu'il a , il les perd encore. Comme créature sensible, il devient sujet à mille panions. Un tel être pouvait à tous les instants oubfier son créateur : Dieu l'a rappelé à lui par les lois de h religion; un tdêtre pouvait à tous les instants s'oublier lui-même : les philosophes l'ont averti par les lois de la morale ; fait pour vivre dans la société , il J pouvait oublier les autres : les législateurs Font radn a ses devoirs jMur les lois politiques et civiles.

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