‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 153 sur 975 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Oeslûisydensle rapport qu'elles ont avecles divers élres.

Les lois, dsm la $ignifieaUoa la plus étendue, sont las rapports nécessaires qui dérivent de la nature des dioses; et dans ee sens, tous les êtres ont leurs lois : la divinité > a ses lois , le monde matériel a ses lois , lesiatelligeacis supérieures à rbomme ont leurs lois, les bétes ont tors lois, rhomme a ses lois.

Ceux qui ont dit qa^une fatalUé aveugle a produU tousles ej^ets que nous voyons dans le monde ont dit une grande absurdité ; car quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveugle qui aurait produit des êtres intelligents?

U yadoDCuou raison primitive; et leslois sont les rapports qui se trouvent entre elle et les dlilérents êtres, et les rapports de ces dhrers êtres entre eux.

' «La loi, dit Plotarque, est la reine de tous mortels et im- • mortels. » Au traité : O^'il ett requis qu^um primée eeit sa-

Dieu a du rapj)ort avec Punivers comme créateur et comme conservateur; les lois sdon lesquelles il a créé sont culles selon lesquelles il conserve : il agit selon ces rè^^, parce qu*il les oonnatt; il les connaît parce qu*il les a faites; il les a faites, parce qu'elles ont du rapport avec sa sagesse et sa puissanœ.

Comme nous voyons que le monde, formé par le mouvement de la matière et privéd'intelligence, subsiste toujours, il faut que ses mouvements aient des lois invariables; et si l'on pouvait imaginer un autre monde que celui-ci, il aurait des règles constantes, ou il serait détruit.

Ainsi la création, qui partît être un acte arbitraire , suppose des règles aussi invariables que la fatalité des athées. Il serait absurde de dire que le créateur, sans ces règles, pourrait gouverner le monde, puisque le monde ne subsisterait pas sans eUes.

Ces règles sont un rapport constamment établi. Entre un corps mu et un autre corps mu, c'est suivant les rapports <le la masse et de la vitesse que tous les mouvements sont reçus, augmentés, diminués , perdus : chaque diversité est uniformité, chaque changement est constance.

Les eues particuliers, intellîgents, peuvent aTOff des lois qu'ils ont faites : mais ils en ont aussi qu'ils n'ont pas fiiites. Avant qu'il y eût des êtres intdligeots ils étaient possibles : ils avaient donc des rap* ports possibles , et par conséquent des lois possibles. Avant qu'il y edt des lois faites , il y avait des rapports de justice possibles. Dire qu'il n'y a rien de juste ni d'injuste, que ce qu'ordonnent ou d^endent les lois positives, c'est dire qu'avant qu'on edt traoé de cercle tous les rayons n'étaient pas égaux.

Il faut donc avouer des rapports d'équité antérieurs à la loi positive qui les établit : comme, par exemple, que, supposé qu'il y eât des sociétés d'hommes, il serait juste de se confirmer à leurs lois; que s'il y avait des êtres intelligents qui eussent reçu quelque bienfait d'un autre être, ils devraient en avoir de la reomnaissance ; que si un être intelligent avait créé un être intelligent, le créé devrait rester dans la dépendance qu'il a eue dès son origine ; qu'un être intelligent qui a fait du mal à un être intelligent mérite de recevoir le même mal; et ainsi du reste.

Mais il s'en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique. Car quoique celui-là ait aussi des lois qui, par leur nature, sont invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes. La raison en

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