‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 16 sur 975 · ÉHÉMET AU, SERVITEUR DES PROPHÈTES · texte numérisé non relu

ÉHÉMET AU, SERVITEUR DES PROPHÈTES

A USBEK

A Eneron.

Vous nous Élites toujours des questions qu'on a faites mille fois à notre saint prophète. Que ne lisezvous les traditions des docteurs? que n'allez-vous à eette source pure de toute intelligence? vous trouveriez tous vos doutes résolus.

Malheureux! qui toujours embarrassés des choses de la terre, n'avez jamais regardé d'un œil fixe celles du ciel, et qui révérez la condition des mollahs sans oser ni l'embrasser ni la suivre!

Profanes! qui n'entrez jamais dans les secrets de rÉtemel , vos lumières ressemblent aux ténèbres de rabtme, et les ndsonnements de votre esprit sont comme la poussière que vos pieds font élever lorsque le soleil est dans son midi, dans le mois ardent de Chahban.

Aussi le zénith de votre esprit ne va pas au nadir

de celui du moindre des immaums >. Votre vaine philosophie est cet éclair qui annonce l'orage et l'obscurité : vous êtes au milieu de la tempête, et vous errez au gré des vents.

Il est bien facile de répondre à votre difficulté : il ne faut pour cela que vous raconter ce qui arriva un jour à notre saint prophète lorsque , tenté par les chrétiens, éprouvé par les juifs , il eoitfondit également les uns et les autres.

Le juif Abdias Ibesalon * lui demanda pourquoi Dieu avait défendu de manger de la chair de pourceau. Ce n'est pas sans raison, reprit le prophète : c'est un animal immonde; et je vais vous en convaincre. Il fit sur sa main , avec de la boue, la figure d'un homme; il le jeta à terre, et lui cria : Levezvous. Sur-loKïhamp un homme se leva, et dit : Je suis Japhet, fils de Noé. Avais-tu les cheveux aussi blancs quand tu es mort? lui dit le saint prophète. Non, répondit-il : mais, quand tu m'as réveillé, j'ai cru que le jour du jugement était venu ; et j'ai eu une si grand frayeur, que mes cheveux ont blanchi tout à coup.

Or çà , raconte-moi , lui dit l'envoyé de Dieu , toute l'histoire de l'arche de Noé. Japhet obéit, et détailla exactement tout ce qui s'était passé les premiers mois; après quoi il parla ainsi :

Nous mîmes les ordures de tous les animau\ dans un côté de l'arche ; ce qui la fit si fort pencher, que nous en eûmes une peur mortelle, surtout nos femmes, qui se lamentaient de la belle manière. Notre père Noé ayant été au conseil de Dieu, il lui commanda de prendre l'éléphant, de lui faire tourner la tête vers le c6té qui penchait. Ce grand animal fit tant d'ordures , qu'il en naquit un cochon. Croyezvous, Usbek, que depuis ce temps-là nous nous en soyons abstenus, et quenous l'ayons regardé comme un animal immonde?

Mais, comme le cochon remuait tous les jours ces ordures , il s'éleva une telle puanteur dans l'arche, qu'il ne put lui-même s'empêcher d'étemuer, et il sortit de son nez un rat, qui allait rongeant tout ce qui se trouvait devant lui : ce qui devint si insupportable à Noé, qu'il crut qu'il était à propos de consulter Dieu encore. Il lui ordonna de donner au lion un grand coup sur le firont, qui éternua aussi, et fit sortir de son nez vn chat. Croyez-vous que

> Ce mot est pins en usage chez les Turcs que chez les Persans. — Inmaum ou Iman signUle vicaire de Dieu ehe/deipenpie». Réservé d'ahoid aut douze premiers successeurs de Mahomet, centre sedonne a^jourd*hui aux cheb des mosquées et aux gardiens des tombeaux et autres lieux sacrés. (P.)

* TradHIOD mabométane.

LETTRES PERSANES

ces animaux soient encore immondes ? Que vous en semble?

Quand donc tous n*aporcevez pas la raison de Timpureté de certaines choses, c*est que tous en ignorez beaucoup d^autres, et que vous n*avez pas là connaissance de ce qui s*est passé entre Dieu, les anges et les hommes. Vous ne savez pas Thistoire do rétemité; vous n'avez point lu les livres qui sont écrits au ciel; ce qui vous en a été révélé n*est qu'une petite partie de la bibliothèque divine; et ceux qui, comme nous, en approchent de plus près, tandis qu'ils sont en cette vie, sont encore dans Tobscurité et les ténèbres. Adieu. Mahomet soit dans votre cœur.

▲ Coa,IedernierdelaliBiedeCbabban, I7il.

LETTBE XIX.

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