‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 15 sur 975 · GA&DIBH DIS TROIS TOMBEAUX · texte numérisé non relu

GA&DIBH DIS TROIS TOMBEAUX

A Com.

Pourquoi vis-tu dans les tombeaux, divin Mollah ? Tu es bien plus fait pour le séjour des étoiles. Tu te caches sans doute de peur d'obscurcir le so-

■ La ville de Com renferme les toiid)ea<ix des rots de Perse. Parmi ces tombeaux, ceux deFaUmeet de deax aaties personnages de sa faroUle sont Tol^et d*anf vénéraUon parUcu- Uère. (P.)

leil : tu n'as point de taches comme cet astre ; mais , comme lui, tu te couvres de nuages.

Ta science est un abîme plus profond que l'Océan ; ton esprit est plus perçant que Zufagar, cette épée d'Hali , qui avait deux pointes ; tu sais ce qui se passe dans les neuf chœurs des puissances célestes ; tu lis l'Alcoran sur la poitrine de notre divin prophète; et, lorsque tu trouves quelque passage obscur, un ange, par son ordre, déploie ses aiîes rapides, et descend du trtfne pour t'en révéler le secret.

Je poiurais par ton moyen avoir avec les séraphins une intime correspondance : car enfin, treizième iman , n'es-tu pas le centre où le ciel et la terre aboutissent, et le point de communication entre i'abtme et l'empirée?

Je suis au milieu d'un peuple profane : permets que je me purifie avec toi ; souf&e que je tourne mon visage vers les lieux sacrés que tu habites ; distingue-moi des méchants, comme on distingue, au lever de l'aurore, le filet blanc d'avec le filet noir; aide-moi de tes conseils; prends soin de mon âme, enivre-la de l'esprit des prophètes; nourris-la de la science du paradis, et permets que je mette ses plaies à tes pieds. Adresse tes lettres sacrées à Erzeron , où je resterai quelques mois.

D*Efzeion,le ildelalnnedeGemmadls, nil.

LETTRE XVIL

USBEK AU BIÊME

Je ne puis , divin Mollah, calmer mon impatience : je ne saurais attendre ta sublime réponse. J'ai des doutes, il faut les fixer : je sens que ma raison s'égare ; ramène-la dans le droit chemin ; viens m'éclairer, source de lumière ; foudroie avec ta plume divine les difficultés que je vais te proposer ; fais-moi pitié de moi-même et rougir de la question que je vais fure.

D'où vient que notre législateur nous prive de la chair de pourceau s et de toutes les viandes qu'il appelle immondes? D'où vient qu'il nous défend de toudier un corps mort , et que, pour pmrifier notre âme, il nous ordonne de nous laver sans cesse le

' On trouve la raison poUtiqae de cette défeùse dans la vie de Mahomet par M. de Boolainvilliers; la vold : «Le cochon doit être très-rare en Arable , où U n*y a presque point de bols, et presque rien de propre à la nourriture de ces animaux : d*aillenrs la salure des eaox et des aliments rend le peuple très-susceptible des maladies de la peau. « ( Yoyes V Esprit dts Loit , liv. XXIV, ch. XXV. ) (P.)

LETTRES PERSANES

IS

corps? H me send>le que les choses ne sont en ellesméoies ni pures ni impures : je ne puis conecYOtr aucune qualité inhérente au sujet qui puisse les rendre tdles. La houe ne nous parait sale que parce qu'elle blesse notre vue , ou quelque autre de nos sens ; mais, en elle-même, elle ne Test pas plus que for ^ les diamants. L*idée de souillure , contractée par rattouebement d*un cadavre , ne nous est venue que d^uoe certaine répugnance naturelle que nous tu avons. Si les corps de ceux qui ne se lavent point ne blessait ni Todorat ni la vue , comment aurait-on pu s'imaginer qu'ils fussent impurs ?

Les sens, divin Mollah, doivent donc être les sails juges de la pureté ou de l'impureté des choses. Mais, comme les objets n'affectent point les hommes de la même manière; que ce qui donne une sensation agréable aux uns, en produit une dégoûtante chez les autres, il suit que le témoignage des sens ne peut servir ici de règle, à moins qu'on ne dise que chacun peut à sa fiouitaisie décider ce point, et distinguer, pour ce qui le concerne, les choses pures d'avec celles qui ne le sont pas.

Hais cela même, sacré Mollah, ne renverserait il pas les distinctions établies par notre divin prophète, et les points fondamentaux de la loi qui a été écrite de la main des anges?

ITErzeron, te 90 de la lune de Gemroadl, l^il.

LETTRE XVni.

Page 1