‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 171 sur 975 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Diflérance de robéismnee dans les goiiTeriienients modérés et dans les goorenieaients despotiques.

Dans les États despotiques la nature du gouverne^ ment demande une obéissance extrême : et la volonté* du prince , une fois connue , doit avoir aussi infailliblement son effet qu*une boule jetée contre une autre doit avoir le sien.

Il n'y a point de tempérament, de modification,^ d'accommodements, de termes, d'équivalents , de ' pourparlers, de remontrances, rien d'égal ou de meil- \ leur à proposer. L'homme estime créature qui obéitt' à une créature qui veut.

On n'y peut pas plus rq>résenter ses craintes sur un événement futur qu*excuser ses mauvais succès sur le caprice de la fortune. Le partage des hommes comme des bétes, y est l'instinct, l'obéissance, le châtiment. <

Il ne sert de rien d'opposer les sentiments naturels , le respect pour un père , la tendresse pour ses enfants et ses femmes, les lois de l'honneur, l'état de sa santé; on a reçu l'ordre , et cela suffit.

En Perse, lorsque leroi a condamné quelqu'un, on ne peut plus lui en parler ni demander grâce. S'il était ivre ou hors de sens , il faudrait que l'arrêt s'exécutât tout de même « : sans cela il se contredirait, et la loi ne peut se contredire. Cette manière de penser y a été de tout temps : l'ordre que donna Assuérus d'exterminer les Juifs ne pouvant être révoqué • , on prit le parti de leur donner la permission de se défendre 3. ^

Il y a pourtant une chose que l'on peut quelquefois opposer à la volonté du prince ^ : c'est la religion. On abandonnera son père, on le tuera même, \ si le prince Pordonne ; mais on ne boira pas du vin , > s'il le veut et s'il l'ordonne. Les lois de la religion j sont d'un précepte supérieur , parce qu'elles sont i données sur la tête du prince comme sur celle des | sujets. Mais, quant au drpit naturel, il n'en est |

« Voyex Chardla

» Cet ordre fut cependant révoqué par un nouvel édit , rapporte fort au long dans le Uvre d'Esther, et dont voici la principale di^osition : Vnde ea$ UUera», quai $ub nonUne nostm aie lAman) direaerat, idatiê esse irritoê. (C*. XVI, vers. 7.)

3 n fat permis aux Juife, non pas de se défendre, coitune le dit l'auteur, mais d'exterminer leurs ennemis, comme U avait été pennisàleurs ennemis de les exterminer. Le Jouf4a cette vengeance fat fixé au 13 du mois Adar, qui étoit le mémo

Jour auquel Aman avait fixé son exécoUon. Cdle des Juifo fut sanglante : ils mirent à mort un grand nombre de leurs enneSi avec les dix flls d'Aman; et ce fut en mémoire de cet événement qu'ils instituèrent la fête de Punm, (D.)

4 Voyez Chardin*.

I DetcripUoB da goaTcneiBeat, eli. ii. (Fi

DE L'ESPRIT DBS LOIS

pas de vaime: le prince est fuppoflé n'être plus un homme.

Dans les États monarchiqiiet et modérée, la puissance est bornée par ce qui en est le ressort , je veux dire Fbonneur, qui règne , comme un monarque, sur le prince et sur le peuple. On n^ira point lui alléguer les lois de la religion, un courtisan se croirait ridicule : on hii alléguera sans cesse celles de rhonneur. De là résultent des modifications nécessaires dans Tobéissance; l'honneur est naturellement sujet à des bizarreries , et l'obéissance les suivra toutes.

Quoique la manière d'obéir soit différente dans ces deux gouvernements, le pouvoir est pourtant le même. De quelque côté que le monarque se tourne. Il emporte et précipite la balance, et est obéi. Toute la dififérence est que, dans la monarchie, le prince a des lumières , et que les ministres y sont infiniment plus habiles et plus rompus aux affoires que dans rÉtat despotique.

CHAPIIRE XI.

Réflexioii sur tout ced.

Tels sont les principes des trois gouvernements : ce qui ne signifie pas que, dans une certaine république , on soit vertueux ; ma j^ qu'on devrait Tétre.

\ Cela ne prouve pas non plus que , dans une certaine monarchie, on ait de Thonneur, et que, dans un État

i despotique particulier, on ait de la crainte; mais

'. ^'il fjBudrait en avoir : sans quoi le gouvernement

j sera imparfait.

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