‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 174 sur 975 · UVRE IV, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

UVRE IV, CHAPITRE IL

est-ee par amoar pour die? point du tout. On la veut , parce qu*un homme qui est accoutumé à la dire paraît être hardi et libre. En effet, un tel homme semble ne dépendre que des choses , et non pas de la manière dont un autre les reçoit.

Cest ce qui fait qu'autant qu'on y recommande eette espèce de franchise, autant on y méprise celle du peuple, qui n'a que la vérité et la simplicité pour objet.

Enfin, réducation dans les monarchies exige dans les manières une certaine politesse. Les hommes, nés pour vivre ensemble, sont nés aussi pour se plaire ; et celui qui n'observerait pas les bioiséanoes, choquant tous ceux avec qui il vivrait, se décréditerait au point qu'il deviendrait incapable de fiûre aucun bien.

Mtts ce n'est pas d'une source si pure que la poétesse a coutume de tirer son origine. Elle natt de Tenvie de se distinguer. C'est par orgueil que D6US sommes polis : nous nous sentons flattés d'avoir des manières qui prouvent que nous ne sommes pas dans la bassesse , et que nous n'avons pas vécu avec cette sorte de gens que l'on a abandonnés dans tous les âges.

Dans les monarchies , la politesse est naturalisée à la cour. Un homme excessivement grand rend tous les autres petits. De là les égards que Ton doit à tout le monde; de là natt la politesse, qui flatte autant ceux qui sont polis que ceux à regard de qui ils le sont, parce qu'elle fût comprendre qu'on est de la cour, ou qu'on est digne d'en être.

L'air de la cour consiste à quitter sa grandeur propre pour une grandeur empruntée. Celle-ci flatte plus un courtisan que la sienne même. Elle donne une certaine modestie superbe qui se répand au loin , mais dont l'orgueil diminue insensiblement, à proportion de la distance où l'on est de b source de cette grandeur.

On trouve à la cour une délicatesse de goût en

toutes dioses, qui vient d'un usage continuel des

superfluités d'une grande fortune , de la variété

etsoitoot de la lassitude des plaisirs, de la mul-

tlphdté , de la confusion même des fantaisies , qui ,

lorsqu'elles sont agréables, y sont toujours reçues.

I Cest sur toutes ces choses que Téducation se

I porte pour fedre ce qu'on appelle rhonnête homme ,

Moi a toutes les qualités et toutes les vertus que

/Fon demande dans ce gouvernement.

Là l'honneur, se mêlant partout, entre dans tontes les ûiçons de penser et toutes les manières de sentir, et dirige même les principes.

Cet honneur bizarre fait que les vertus ne sont que ce qu'il veut , et comme il les veut ; il met de son chef des r^les atout ce qui nous est prescrit; Il étend ou il borne nos devoirs à sa fiintaisie, soit qu'ils aient leur source dans la religion, dans la politique, ou dans la morale

Il n'y a rien dans la monarchie que les lois, la religion et l'honneur prescrivent tant que l'obéissance aux volontés du prince; mais cet honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous déshonore, parce qu'elle nous rendrait incapables de le servir.

Crillon refusa d'assassiner le duc de Guise ; mais il offrit à Henri III de se battre contre lui. Après la Saint-Barthélemi, Charles IX ayant écrit à tous les gouverneurs de faire massacrer les huguenots , le vicomte d'Orte qui commandait dans Baîonne, écrivit au roi s « Sibb, je n'ai trouvé a parmi les habitants et les gens de guerre que de a bons citoyens, de braves soldats, et pas un « bourreau : ainsi , eux et moi supplions Votre « Majesté d'employer nos bras et nos vies à choses « faisables. » Ce grand et généreux courage regardait une lâcheté comme une chose impossible.

Il n'y a rien que l'honneur prescrive plus à la noblesse que de servir le prince à la guerre : en effet, c'est la profession distinguée, parce que ses hasards, ses succès et ses malheurs même, conduisent à la grandeur. Mais en imposant cette loi, l'honneur veut en être l'arbitre; et, s'il se trouve choqué, il exige ou permet qu'on se retire chez soi.

Il veut qu'on puisse indifféremment aspirer aux emplois, ou les refuser; il tient cette liberté audessus de la fortune même.

L'honneur a donc ses règles suprêmes, et l'é-] ducation est obligée de s'y conformer». Les prin-i cipales sont, qu'il nous est bien permis de fairef cas de notre fortune; mais qu'il nous est souve-*. rainement défendu d'en faire aucun de notre vie.

La seconde est que, lorsque nous avons été une fois placés dans un rang, nous ne devons rien faire ! ni souffrir qui fasse voir que nous nous tenons in- ] férieurs à ce rang même. !

La troisième , que les choses que l'honneur défend sont plus rigoureusement défendues lorsque les lois ne concourent point à les proscrire, et que celles qu'il exige sont plus fortement exigées lorsque les lois ne les demandent pas.

> YoyeKVHiiMndêtFJlu^ffné,

* Onditidoeqalest,etiionpa8oeqaldoltétre:rhooiieiir est QD pr<|iig6qiie la religion travaille tantôt à détmiie, tantôt à régler.

DE L'ESPRIT DES LOIS

Page 1