‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 190 sur 975 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Autres meiens de favoriser le principe de la démocratie.

On ne peut pas établir un partage égal des terres dans toutes les démocraties. Il y a des circonstances où un tel arrangement serait impraticable, dangereux , et choquerait même la constitution. On n'est pas toqjours obligé de preiidre les voies extrêmes. Si Ton voit, dans une démocratie, que ce partage , qui doit maintenir les mœurs, n*y convienne pas, il &ut avoir recours à d'autres moyens.

Si Ton établitun corps fixe qui soit par lui-même k règle des mœurs , un sénat où Fâge , la vertu , la gravité , les services donnent entrée ; les sénateurs , exposés à la vue du peuple comme les simulacres des dieux, inspireront des sentiments qui seront portés dans le sein de toutes les familles.

Il faut surtout que ce sénat s'attache aux institutions anciennes , et fasse en sorte que le peuple et les magistrats ne s'en départent jamais.

Uya beaucoup à gagner, en fait de mœurs, à garder les coutumes anciennes. Comme les peuples corrompus font rarement de grandes choses; qu'ils n'ont guère établi desociétés , fondé de villes , donné de lois; et qu'au contraire ceux qui avaient des mœurs simples et austères ont fait la plupart des établissements; rappeler les hommes aux maximes

* Cest ooe loi natarelle dans foos les goavememenls. (H.)

* On y 4olt borner beaucoup les dots des feinaies.

anciennes, c'est ordinairement les ramener à la vertu.

De plus, s'il y a eu quelque révolution, et que l'on ait donné à l'État une forme nouvelle, cela n'a guère pu se faire qu'avec des peines et des travaux infinis , et rarement avec l'oisiveté et des mœurs corrompues. Ceux mêmes qui ont fiiit la révolution ont voulu la faire godter ; et ils n'ont guère pu y réussir que par de bonnes lois. Le» institutions anciennes sont donc or^naîrement des corrections; et les nouvelles, des abus. Dans le cours d'un long gouvernement , on va au mal par une pente insensible , et on ne remonte au bien que par un effort.

On a douté si les meûfibres du sénat dont nous parlons doivent être à vie, ou choisis poinr un temps. Sans doute qu'ils doivent être choisis pour la vie , comme cela se pratiquait à Rome * , à Lacédémone *, et à Athènes. même. Car il ne&ut pas confondreoe qu'on appelait le sénat à Athènes, qui était un corps qiû changeât tous les trois mois^ avec l'aréopage, dont les membres étaient éiMis pour la vie comme des modèles perpétuels.

Maxime générale : dans un sénat fait pour être : la règle, et, pour ainsi dire, le dépôt des mœurs» ' les sénateurs doivent être élus pour la vie; dans un sénat fait pour préparer les afiMree, les sénateurs peuvent changer. '

L'esprit, dit Aristote, vieillit comme le corps. Cette réflexion n'est bonne qu'à r^;ard d'un magistrat unique, et ne peut être appliquée à une as* sonbléede sénateurs.

Outre Faréopage, il y avait à Athènes des gar* diensdesmoems, et des gaidiens des lois ^ A La« cédémone, tous les vieillards étaient censeurs. A Rome, deux magistrats particuliers avaient la censure. Comme le sénat veille sur le peuple, il faut que des censeurs aient les yeux sur le peuple et sur le sénat. Il faut qu'ils rétablissent dans la r^rablique tout ce qui a été corrompu ; qu'Us notent la tiédeur, jugent les négligences, et corrigent les fautes, comme les lois punissent les crimes.

La loi romaine qui voulait que l'accusation de Fadultèrefût publique était admirable pour maintenir la pureté des mœurs : elle intimidait les fem-

> Les maglftrsts y étaient annoeii, et les iénateuft pour la vie.

* « Lyeurgne, dit Xéaopfaon (de Mepmbl, Laetd,), vcalat m qu'on élût les téMiteart paimi les vieUlaids , pour qalls ne « se négUgrassent pas , même à la fin de la vie : et, en les ét«« « blissant Joges da courage des Jeunes gens, il a lendo In « vieillesse de oeox-Ik plus honorable que la forée de ofQX- « d. »

3 L'aréopage loi-méiM était Boonii à la oenfoie.

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