‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 216 sur 975 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

pe la sévérité des peines dans les divers gouveroemeotSi.

La sévérité des peines convient mieux au gou- 1 vemeinent despotique, dont le principe est la ter- { reur, qu'à la monarchie et à la république , qui ont \ pour ressort Fhonneur et la vartu.

Dans les États modérés, Famour de la patrie, la honte et la crainte du blâme, sont des motifs réprimants, qui peuvent arrêter bien des crimes. La plus grande peine d'une mauvaise action sera d'en être convaincu. Les lois civiles y corrigeront donc phis aisément, et n'auront pas besoin de tant de force.

Dans ces États , un bon législateur s'attachera moins à punir les crimes qu'à les prévenir ; il s'appliquera plus à donner des moeurs qu'à infliger des supplices.

C'est une remarque perpétuelle des auteurs chi« nois ', que plus dans leur empire on voyait augmenter les supplices , i^us la révolution était prochaine. Cest qu'on augmentait les supplices à mesure qu'on manquait de mœurs.

Il serait aisé de prouver que, dans tous ou presque tous les États d'Europe, les peines ont diminué ou augmenté à mesure qu'on s'est plus approché ou plus éloigné de la liberté.

Dans tes pays despotiques, on est si malheureux que l'on y craint plus la mort qu'on ne regrette b vie : les supplices y doivent donc être plus rigoureux . Dans les États modérés, on craint plus de perdre la vie qu'on ne redoute la mort en elle-même : les suppliées qui ôtent simplement la vie y sont donc suffisants.

Les hommes extrêmement heureux et les hommes extrêmement malheureux sont également portés à la dureté : témoin les moines et les conquérants. Il n'y a que la médiocrité et le mélange de la bonne et de la mauvaise fortune qui donnent de la douceui et de la pitié.

Ce que l'on voit dans les hommes en particulie se trouve dans les diverses nations. Chez les peu pies sauvages, qui mènent une vie très-dure, e chez les peuples des gouvernements despotiques, où il n'y a qu'un homme exorbîtamment favorisé de la fortune, tandis que tout le reste en est outragé, on est également cruel. La douceur règne dans les gouvernements modérés.

Lorsque nous lisons dans les histoires les exemples de la Justice atroce des sultans, nous sentons

' Je ferai voir dans la suite qqe la Cbine, h cet égard, «si dans le cas dHine république ou d^une mo(MWfbto.

DE L'ESPRIT DES LOIS

avec une espèce de douleur les maux de la nature humaine.

Dans les gouTemements modérés, tout, pour un bon législateur, peut servir à former des peines. If*est-ii pas bien extraordinaire qu'à Sparte une des principales fût de ne pouvoir prêter sa femme à un autre , ni recevoir celle d'un autre ; de n'être |amaîs dans sa maison qu'avec des vierges? En un mot , tout ce que la loi appelle une peine est effectivement une peine.

Page 1