‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 219 sur 975 · LIVRE VI, CHAPITRE XIH · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XIH

qui a infligé les mêmes peines amt scélérats et aox gens de bien.

Et si TOUS en voyez d'antres où les hommes ne sont retenus que par des supplices cruels, comptez encore que cela vient en grande partie de la violence du gouvernement, qui a employé ces supplices pour des fautes Itères.

Souvent un législateur qui veut corriger un mal ne songe qu*à cette correction, ses yeux sont ouverts sur cet objet, et fermés sur les inconvénients. Lorsque le mal est une fois corrigé, on ne voit plus que la dureté du législateur; mais il reste un vice dans rÉtat , que cette dureté a produit : les esprits sont corrompus, ils se sont accoutumés au despotisme.

Lysandre' ayant remporté la victoire sur les Athéniens, on jugea les prisonniers; on accusa les Athéniens d'avoir précipité tous les captifs de deux galères, et résolu en pleine assemblée de couper le poing aux prisonniers qu'ils feraient. Ils ftirent tous égorgés, excepté Adymante, qui s'était opposé à ee décret. Lysandre reprocha à Philoclès, avant de le ûdre mourir, qu'il avait dépravé les esprits et lait des leçons de cruauté à toute la Grèce.

« Les Argiens , dit Plutarque * , ayant fait mourir « quinze cents de leurs citoyens, les Athéniens firent « qiporter les sacrifices d'expiation ^, afin qu'il plût « aux dieai dedétoumer du cœur des Athéniens une « si cruelle pensée. >

n y a deux genres de corruption ; l'un , lorsque le peuple n'observe point les lois; l'autre, lorsqu'il eit corrompu par les lois : mal incurable , parce qu'U est dans le remède même.

Page 1