‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 256 sur 975 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Effets naturels de la bonté et de la corruption des

principes.

Lorsque les principes du gouvernement sont une fois corrompus , les meilleures lois deviennent mauvaises et se tournent contre TËtat ; lorsque les principes en sont sains , les mauvaises ont l'effet des bonnes : la force du principe entratne tout.

Les Cretois , pour tenir les premiers magistrats dans la dépendance des lois, employaient un moyen bien singulier : c'était celui de l'insurrection. Une partie des citoyens se soulevait ■, mettait ea fuite les magistrats, et les obligeait de rentrer dans la condition privée. Cela était censé fait en conséquence de la loi. Une institution pareille, qui établissait la sédition pour empêcher l'abus du pouvoir, semblait devoir renverser quelque république que ce fàu Elle ne détruisit pas celle de Crète; voici pourquoi * :

Lorsque les anciens voulaient parier d'un peuple qui avait le plus grand amour pour la patrie, ils citaient les Cretois. La patrie, disait Platon ^, nom si tendre aux Cretois ! Ils l'appelaient d'un nom qui exprime l'amour d'une mère pour ses enfants 4. Or, l'amour de la patrie corrige tout.

Les lois de Pologne ont aussi leur insurrection. Mais les inconvénients qui en résultent font biea voir que le seul peuple de Crète était en État d'employer avec succès un pareil remède.

Les exercices de la gynmastique, établis chez les Grecs , ne dépendirent pas moins de la bonté du principe du gouvernement. « Ce furent les La- « cédémoniens et les Cretois , dit Platon ' qui ou- « vrirent ces académies fameuses qui leur firent « tenir dans le monde un rang si distingué. La pu- « deur s'alarma d'abord ; mais elle céda à l'utilité « publique. » Du temps de Platon, ces institutions étaient admirables ^; elles se rapportaient à un

' Aristote, PoUi. Uv. n, chap. x.

s On se réonlssalt toi^oors d'abord contre les ennemis da dehors, ce qui s'appelait tj/ncrétitme. (Plotarqub , CBtivre$ moralti, pag.88.)

3 RépubUque, Uv. IX.

4 PLDT4RQUB, CBuvm morales, an traité : Si Vkômwu d'âge doit $e mêler de$ affairée puhUquee,

^ République, ]kv, y. {U,)

^ La gymnasttqae se divisait en deux parties, la danse ci la lutte. On voyait , en Crète , les danses armées des Corètes ; à Lacédémone, celles de Castor et de PoUox; à Athènes, les danses armées le Pallas très-propres pour ceux qui ne sont

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