‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 329 sur 975 · CHAPITRE XVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVm

Combien fl est dangereoxy dans les r^bBqnes, de trop ponir le crime de lèse-mijesté.

Quand une république est parvenue à détoire ceux qui voulaient la renverser, il faut se hAter de mettre fin aux vengeances , aux peines, et aux récompenses même.

On ne peut fidre de grandes punitions, et par conséquent de grands changements, sans mettre dans les mains de quelques citoyens un grand pouvoir. Il vaut donc mieux, dans ce cas, pardonner beaucoup que punir beaucoup, exiler peu qu'exiler beaucoup, laisser les biens que multiplier les confiscations. Sous prétexte de la vengeance de la république, on établirait la tyrannie des vengeurs. Il n'est pas question de détruire celui qui domine, mais la domination. Il faut rentrer le plus tdt que l'on peut dans ce train ordinaire du gouvernement, où les lois protègent tout, et ne s'arment contre personne.

Les Grecs ne mirent point de bornes aux vengeances qu'ils prirent des tyrans ou de ceux qu'Us soupçonnèrent de l'être. Ils firent mourir les enfants*, quelquefois cinq des plus proches parents K Us chassèrent une infinité de familles. Leurs r^iibliques en furent ébranlées; l'exil on le retour des exilés furent toujours des é];>oques qui marquèrent le changement de la constitution.

Les Romains furent plus sages. Lorsque Cassius fut condamné pour avoir aspiré à la tyrannie, on mit en question si l'on ferait mourir ses enfants : ils ne furent condamnés à aucune peine. « Ceux « qui ont voulu, dit Denysd'Halicamasse4, chan- « ger cette loi à la fin de la guerre des Marses et « de la guerre civile, et exclure des charges les « enfants des proscrits par Sylla, sont bien eri- « minels. »

On voit dans les guerres de Marins et de Sylla jusqu'à quel point les âmes, chez les Romains, s'étaient peu à peu dépravées. Des choses si funestes

' Recueil des voyages qui ont servi à rétablissemeni de ta

cotnpagnie des Indes, pag. 433, Uv. Y, part n.

* Dbmtb n*HAUCAmNA86B, Jntiquités romaines, Ihr. Vm.

3 TyrannooecisOfquinque^usproximoseognationema,» gisiratus neeato, (ûcÉHOif , de Inventione, Ub, II. )

4 Uv. Ym, psge M7.

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