LIVRE XIX, CHAPITRE XII
qui naissent de ForgueU de certaines nations : la paresse, la pauvreté, Fabandon de tout, la destruction des nations que le hasard a fait tomber entre leurs mains, et de la leur même. La paresse ■ est re£fet de Torgueil ; le travail est une suite de la vanité : Torgueil d'un Espagnol le portera à ne pas travailler ; la vanité d*un Francis le portera à savoir travailler mieux que les autres.
Toute nation paresseuse est grave; car ceux qui ne travaillent pas se regardent comme souverains de ceux qui travaillent.
Examinez toutes les nations , et vous verrez que dans la plupart la gravité, Torgueil et la paresse, marchent du même pas.
Les peuples d'Achim * sont fiers et paresseux ; ceux qui n*ont point d'esclaves en louent un , ne fûtce que pour faire cent pas , et porter deux pintes de riz : ils se croiraient déshonorés s'ils les portaient eux-mêmes.
Il y a plusieurs endroits de la terre où Ton se laisse croître les ongles pour marquer que Ton ne travaille point.
Les femmes des Indes ^ croient qu'il est honteux pour elles d'apprendre à lire : c'est l'affaire, disentelles, des esclaves qui chantent des cantiques dans les pagodes. Dans une caste, elles ne filent point; dans une autre, elles ne font que des praniers et des nattes, elles ne doivent pas même piler le riz; dans d'autres, il ne faut pas qu'elles aillent quérir de Peau. L'orgueil y a établi ses règles, et il les fait suivre. Il n'est pas nécessaire de dire que les qualités morales ont des effets différents selon qu'elles sont unies à d'autres : ainsi l'orgueil, joint à une vaste ambition, à la grandeur des idées, etc. produisit chez les Romains les effets que l'on sait.