‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 47 sur 975 · LE GRAND EUNUQUE A USBEK · texte numérisé non relu

LE GRAND EUNUQUE A USBEK

A Paris.

Hier des Arméniens menèrent au sérail une jeune esclaye de Circassie, qu'ils voulaient vendre. Je la fis entrer dans les appartements secrets, je la déshabillai , je l'examinai avec les regards d' un juge ; et plus je l'examinai, plus je lui trouvai de grâces. Une pudeur virginale semblait vouloir les dérober à ma vue ; je vis tout ce qu'il lui en coûtait pour obéir : elle rougissait de se voir nue, même devant moi, qui, exempt des passions qui peuvent alarmer la pudeur, suis inanimé sous l'empire de ce sexe, et qui , ministre de la modestie dans les actions les plus libres , ne porte que de chastes regards , et ne puis insphrer que l'innocence.

Dès que je l'eus jugée digne de toi , je baissai les yeux, je hii jetai un manteau d'écarlate, je lui mis au doigt un anneau d'or, je me prosternai à ses pieds , )e l'adorai comme la reine de ton cœur. Je payai les Arméniens ; je la dérobai à tous les yeux. Heureux Usbek! tu possèdes plus de beautés que n'en enferment tous les palais d'Orient. Quel plaisir pour toi de trouver à ton retour tout ce que la Perse a déplus ravissant, et de voir dans ton sérail renaître les grâces à mesure que le temps et la possession travaillent à les détruire!

Da sérail de Fatmé» le !•' de la lone de Rebiab i , I7I5.

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