‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 486 sur 975 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Du commerce.

Les matières qui suivent demanderaient d*étre traitées avec plus d'étendue; mais la nature de

■ IdoommeDce la seconde partie de VBsprit de» Lms dans tontes les éditions pubUées du YiTant de l'anteor , qui eut d'abord rinteotlon de placer à la tète de ce vingtième livre JinTOcation suivante :

« YiergesduniontPiérie**,enteodei-vouslenomqaeJevoos donne? Inspires-mol. Je coois nne longue carrière ; je suis accablé de tristesse et d*ennuL Mettez dans mon espritce charme et cette douceur que Je sentais autrefois, et qui luit loin de mol. Yous n*étes Jamais si divines que quand vous menez à la sagesse et à la vérité par le plaisir.

« Mais si vous ne voulez pânt adoucir la rigueur de mes travaux, cachez le travail même ; feites qu'on soit instruit et que Je n*enseigne pas ; que Je réfléchisse et que Je paraisse sentir ; et , lorsque J'annoncerai des clioses nouvelles, faites qu'on croie que Je ne savais rien , et que vous m'avez tout dit.

« Quand les eaux de votre fontaine sortent du rocher que vous aimez, eUes ne montent point dans les airs pour retomber ; elles coulent dans la prairie; elles font vos délices, parce qu'elles font les délices des bergers.

« Muses charmantes, si vous portez sur moi un seul de vos regards , tout le monde lira mon ouvrage ; et ce qui ne saurait être un amusement sera un plaisir.

« Divines Muses, Je sens que vous m'inspirez, non pas ce qu'on chante à Tempe sur les chalumeaux , ou ce qu'on répète à Délos sur la lyre : vous voulez que Je parle à la raison ; elle est le plus parfait , le plus noble et le plus exquis des sens. »

Jacob Vemet, qui s'était chargé de revoir les épreuves de Y Esprit des Lois, pensant que ce morceau y serait déplacé, engagea Montesquieu aie supprimer. H en reçut la réponse suivante : « A l'égard de VInvocation aux Muses, eUe a contre die que c'est une chose singulière dans cet ouvrage, et qu'on n'a point encore faite; mais quand une chose singulière est bonneeneUe-méme,ilnefaotpas larciJeter pour lasUigularité, qui devient elle-même une raison de succès; et U n'y a point d'ouvrage où U faille plus songer à délasser le lecteur que dans cdui-d, à cause de la longueur et de la pesanteur des matières.»

Cependant Montesquieu changea de résolution , et quelques Jours après il écrivit h son éditeur : « Pal été incertain, an si^et de VInvocation , entre un de mes amis qui voulait qu'on la laissât, et vous qui vouliez qu'on l'Otât Je me^range à votre avis, et bien fermement, et vous prie de ne la pas mettre. »

Tous ces détails nous ont élé conservés dans le Mémoire historique sur la vie et les ouvrages de Jacob Femet, imprimé à Genève en 1790.

iV. B. Dans les éditions originales, l'épigraphe Docuit qum nMurJfiMis ^Oos est placée sur le titre général du tome second.

'lib. l,v. 74s.

** NamU, pnellm

Piérides i prostt mtkt vos dixitse puetlas.

JoT. Mt sv, V. 35*36.

cet ouvrage ne le permet pas. Je voudrais couler sur une rivière tranquille : je suisT entraîné par un torrent.

Le conunerce guérit des préjugés destructeurs ; et c'est presque une r^le générale que partout où il y a des mœurs douces il y a du commerce , et que partout où il y a du commerce il y a des mœurs douces.

Qu'on ne s'étonne donc point si nos mœurs sont moins fâroces qu'elles ne Tétaient autrefois. Le conmierce a fiait que la connaissance des mœurs de toutes les nations a pénétré partout : on les a comparées entre elles , et il en a résulté de grands biens.

On peut dire que les lois du commerce perfectionnent les mœurs , par la même raison que ces mêmes lois perdent les mœurs. Le commerce corrompt les mœurs pures s c'était le sujet des plaintes de Platon ; il polit et adoucit les mœurs baribares , oonune nous le voyons tous les jours.

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