LIVRE XXI, CHAMTRE Xffl
des alliés, de corrompre ceux des Romains et les Romains mêmes; de soudoyer ' les barbares de l'Asie et de l'Europe ; de faire la guerre longtemps , et par conséquent de discipliner ses troupes; il put les armer, et les instruire dans l'art militaire * des Romains , et former des corps considérables de leurs transfuges; enfin il put faire de grandes pertes et souffrir de grands échecs , sans périr; et il n'aurait point péri, si, dans les prospérités, le roi voluptueux et barbare n'avait pas détruit ce que , dans la mauvaise fortune, avait feût le grand prince.
C'est ainsi que , dans le temps que les Romains étaient au comble de la grandeur, et qu'ils semblaient n'avoir à craindre qu'eux-mêmes, Mithridate remit en question ce que la prise de Carthage, les défaites de Philippe, d'Antiochus et de Pensée, avaient décidé. Jamais guerre ne fut plus funeste; et les deux partis ayant une grande puissance et des avantages mutuels, les peuples de la Grèce et de l'Asie furent détruits, ou comme amis de Mithridate, ou comme ses ennemis. Délos fut enveloppée dans le malheur commun. Le commerce tomba de toutes parts : il fallait bien qu'il fût détruit; les peuples l'étaient.
Les Romains, suivant un système dont j'ai parlé ailleurs 3, destructeurs pour ne pas paraître conquérants, ruinèrent Carthage et Corinthe; et, par une telle pratique, ils se seraient peut-être perdus , s'ils n'avaient pas conquis toute la terre. Quand les rois de Pont se rendirent maîtres des colonies grecques du Pont-Euxin, ils n'eurent garde de détruire ce qui devait être la cause de leur grandeur.