‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 534 sur 975 · UVRE XXI, CHAPITRE XXUI · texte numérisé non relu

UVRE XXI, CHAPITRE XXUI

on fit peut-être par imprudence une chose bien sage. L*Espagne a fait comme ce roi insensé qui demanda que tout ce qu'il toucherait se convertit en or, et qui fut obligé de revenir aux dieux pour les prier de finir sa misère.

Les compagnies et les banques que plusieurs nations étabikent achevèrent d*avilir For et l'argent dans leur qualité de signe : car, par de nouvelles fictions, ils multiplièrent tellement les signes des denrées, que Tor et l'argent ne firent plus cet office qu'en partie, et en devinrent moins précieux.

Ainsi le crédit public leur tint lieu de mines, et diminua encore le profit que les Espagnols tiraient des leurs.

Il est vrai que , par le commerce que les Hollandais firent dans les Indes orientales, ils donnèrent quelque prix à la marchandise des Espagnols : car, comme ils portèrent de l'argent pour troquer contre les marchandises de l'Orient, ils. soulagèrent en Europe les Espagnols d'une partie de leurs denrées qui y abondaient trop.

Et ce commerce, qui ne semble regarder qu'indirectement l'Espagne, lui est avantageux comme aux nations mêmes qui le font.

Par tout ce qui vient d'être dit, on peut juger des ordonnances du conseil d'Espagne, qui défendent d'employer Tor et l'argent en dorures et autres superfluités; décret pareil à celui que feraient les États de Hollande, s'ils défendaient la consommation de la cannelle'.

Mon raisonnement ne porte pas sur toutes les mines : celles d'Allemagne et de Hongrie, d'où l'on ne retire que peu de chose au delà des frais , sont très-utiles. Elles ^ trouvent dans l'État principal; elles y occupent plusieurs milliers d'hommes, qui y consomment les denrées surabondantes; elles sont proprement une manufacture du pays.

Les mines d'Allemagne et de Hongrie font valoir la culture des terres; et le travail de celles du Mexique et du Pérou la détruit.

Les Indes et l'Espagne sont deux puissances sous un même maître; mais les Indes sont le principal, l'Espagne n'est que l'accessoire. C'est en vain que la politique veut ramener le principal à l'accessoire : les Indes atUrent toujours l'Espagne a eHes.

D'environ cinquante millions de marchandises qui vont toutes les années aux Inde», l'Espagne ne fournit que deux millons et demi ; les Indes font donc un commerce de cinqu^pte millions, et l'Espagne de deux millions et demi.

C'est une mauvaise espèce de richesse qu'un tribut d'accident, et qui ne dépend pas de l'industrie de la nation, du nombre de ses habitants, de la culture de ses terres. Le roi d'Espagne, qui reçoit de grandes sommes de sa douane de Cadix » n'est , à cet égard , qu'un particulier très-riche dans un État très-pauvre. Tout se passe des étrangers h lui sans que ses sujets y prennent presque de part : ce commercé est indépendant de la bonne et de la mauvaise fortune de son royaume.

Si quelques provinces dans la Castille lui donnaient une somme pareille à celle de la douane de Cadix, sa puissance serait bien plus grande : ses richesses ne pourraient être que l'effet de celles du pays; cesprovinces ammeraient toutes les autres, et elles seraient toutes ensemble plus en état de soutenir lés charges respectives; au lieu d'un grand trésor, on aurait un grand peuple.

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