CHAPITRE XH
Des lois pénales.
Il faut éviter les lois pénales en fait de religion. Elles impriment de la crainte, il est vrai; mais, comme la religion a ses lois pénales aussi qui inspirent de la crainte , l'une est effacée par l'autre. En-
■ Je ne parle point, dans toat oe chapitre, de la religion chrétienne, parce que, comme fal dit aUlears, lareUgion chréUenne est le premier bien. Voyei la fin du chapitre IduUTrepiécédeiil, et ta l^i^/ÎMwr de l'EH^rit des Lob, seconde partie.
DE L'ESPRIT DES LOIS
tre ces deux craintes différentes, les âmes deviennent atroces.
La religion a de si grandes menaces , elle a de si grandes promesses, que, lorsqu'elles sont présentes à notre esprit, quelque chose que le magistrat puisse faire pour nous contraindre à la quitter, il semble qu'^n ne nous laisse rien quand on nous rdte, et qu'on ne nous ôte rien lorsqu'on nous la laisse.
'' Ce n'est donc pas en remplissantl'âme de ce grand objet , en l'approchant du moment où il lui doit être d'une plus grande importance, que l'on parvient à l'en détacher : il est plus sûr d'attaquer une religion par la faveur, par les commodités de la vie , par l'espérance de la fortune; non pas par ce qui avertit, mais par ce qui fait que l'on ouMe; non pas par ce qui indigne , mais par ce qui jette dans la tiédeur, lorsque d'autres passions agissent sur nos âmes, et que celles que la religion inspire sont dans le silence. Règle générale : en fait de changement de religion, les invitations sont plus fortes que les peines.
Le caractère de l'esprit humain a paru dans Tordre même des peines qu*on a employées. Que Ton se rappelle les persécutions du Japon *, on se révolta plus contre les supplices cruels que contre les peines longues, qui lassent plus qu'elles n'effarouchent, qui sont plus difficiles à surmonter, parce qu'elles paraissent moins difQciles.
En un mot , l'histoire nous apprend assez que les lois pénales n'ontjamais eu d'effet que comme destruction.