‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 67 sur 975 · LETTRE CXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXIX

USBEK AU MÊME

Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de l'Europe ; passons à l'Afrique. On ne peut guère parler que de ses côtes , parce qu'on n'en connaît pas l'intérieur.

Celles de Barbarie , où la religion mahométane

LETTRES PERSANES

éublîe, ne Bont plus si peuplées qu'elles étaient du temps des Romains , par les raisons que nous aTODS d^à dites. Quant aux c^tesde la Guinée, elles doivent être furieusement dégarnies depuis deux eonts ans que les petits rois , ou chefs des villages , Tendent leurs sujetsauxprinces d'Europe, pour les porter dans leurs colonies, en Amérique.

Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amériqae, qui reçoit tous les ans tant de nouveaux habiUnts, est dle-méme déserte, et ne profite point des pertes continuelles de l' Afrique. Ces esclaves, ^^OQ transporte dans un autre climat, y périssent à milliers; et les travaux des mines où l'on occupe sans cesse et les naturels du pays et les étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent, le vif-argent dont il faut faire un continuel usage, les détruisent SUIS ressource.

n n'y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre innombrable d'hommes pour tirer do fond de la terre l'or et l'argent, ces métaux d'eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont des rîdiesses que parce qu'on les a choisis pour en être les signes.

▲ Farit, ledernierdeialaDedeCbahbaii, I7I8.

VSBEK AU BlÊBfE.

La fécondité d'tm peuple dépend quelquefois des phts petites circonstances du monde ; de manière qall ne faut souvent qu'un nouveau tour dans son imagination pour le rendre beaucoup plus nombreux qu'il n'était.

Les Juifs', toujours exterminés et toujours renaissants, ont réparé leurs pertes et leurs destructions continuelles par cette seule espérance, qu'ont parmi eux toutes les familles , d'y voir naître on roi puissant qui sera le maître de la terre.

Les anciens rois de Perse n'avaient tant de miltes de sujets qu'à cause de ce dogme de la religion des mages, que les actes les plus agréables à Dieu que les hommes puissent faire , c'était de faire un aifant, labourer un champ et planter un arbre.

Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, cela ne vient que d'une certaine manière de penser; car, comme les enfants regardent leurs pères comme des dieux, qu'ils les respectent comme tels dès cette vie, qu'ils les honorent après leur mort par des sacrifices dans lesquels ils croient que leors âmes, anéanties dans le Tyen, reprennent ■oirrESQiTacv.

une nouvelle vie, chacun est porté à augmenter une famille si soumise dans cette vie et si nécessaire dans l'autre.

D'un autre côté, les pays des mahométans devien* nent tous les jours déserts , à cause d*une opinion qui, toute sainte qu'elle est, ne laisse pas d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est enracinée dans les esprits. Nous nous regardons comme des voyageurs qui ne doivent penser qu'à une autre patrie; les travaux utiles et durables , les soins pour assurer la fortune de nos enfants , les projets qui tendent au delà d'une vie courte et passagère, nous paraissent quelque chose d'extravagant. Tranquilles pour le présent, sans inquiétude pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de réparer les édifices publics, ni de défricher les terres incultes, ni de cultiver celles qui sont en état de recevoir nos soins : nous vivons dans une insensibilité générale, et nous laissons tout faire à la Providence.

C'est un esprit de vanité qui a établi chez les Européens l'injuste droit d'aînesse, si défavorable à la propagation , en ce qu'il porte l'attention d'un père sur un seul de ses enfants , et détourne ses yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour rendre solide la fortune d'un seul , de s'opposer à l'établissement de plusieurs; enfin en ce qu'il détruit l'égalité des citoyens , qui en fait toute l'opulence.

Paris , le 4 de la loue de Rhamazan , 17 18.

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