‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 706 sur 975 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

Flux et reflux de la joridictioD ecdériartique et de la

jnridictioo faùe.

La puissance civile étant entre les mains d'une infinité de seigneurs , il avait été aisé à la juridiction ecclésiastique de se donner tous les jours plus d^étendue : mais, comme la juridiction ecclésiastique énerva la juridiction des seigneurs, et contribua par là à donner des forces à la juridiction rojale, la juridiction royale restreignit peu à peu la juridiction ecclésiastique, et celle-ci recula devant la première. Le parlement, qui avait pris , dans sa forme de procéder, tout ce qu'il y avait de bon et d'utile dans celle des tribunaux des clercs, ne vit bientôt plus que ses abus; et la juridiction royale se fortifiant tous les jours , elle fut toujours plus en état de corriger ces mêmes abus. £n effet, ils étaient intolérables; et, sans en faire l'énuméra- Uon, je renverrai à Beaumanoir, à BoutiUler, aux ordonnances de nos rois*. Je ne parlerai que de eenx qui intéressaient plus directement la fortune publi^M. Nous connaissons ces abus par les arrêts qui les réformèrent. L'épaisse ignorance les avait Introduits; une espèce de clarté parut, et ils ne lurent plus. On peut juger, par le silence du clergé , qu'il alla lui-même au-devant de la correction : ce qui, vu la nature de l'esprit humain , mérite des louanges. Tout homme qui mourait sans donner me partie de ses biens à l'église , ce qui s'appelait mourir déeomfés, était privé de la communion et de la sépulture. Si l'on mourait sans faire de testament, il fallait que les parents obtinssent de l'évêque qu'il nommât, concurremment avec eux , des arbitres pour fixer ce que le défunt aurait dû donner en cas qu'il eût fait «n testament. On ne pouvait pas coudier ensemble la première nuit des noces.

* BBAinuiioiii,€liap.xi,i»age€0.

* YoyciBoottlIer, Somme rurtUê, Utre ix, quclto personnes ne peuvent Citoe demande an ooor laie ; et Beaamanolr, chap. XI , pag. 56; et tai réglementa de PhlUppe-Angoste à œ sv^; et rétaMIisement de PhUippe-Augoate Uài entre les clercs , le rsi et les Imuods.

ni même les deux suivantes , sans en avoir acheté la permission : c'était bien ces trois nuits-là qu'il fallait choisir ; car, pour les autres^ on n'aurait pas donné beaucoup d'argent. Le parlement corrigea tout cela. On trouve, dans le Glossaire du droit français de Ragueau< , Farrêt qu'il rendit contre Pévêque d'Amiens *.

Je reviens au commencement de mon chapitre. Lorsque , dans un siècle ou dans un gouvernement , on voit les divers corps de l'État chercher à augmenter leur autorité, et à prendre les uns sur les autres de certains avantages, on se tromperait souvent si l'on regardait leurs entreprises comme une marque certaine de leur corruption. JPar un malheur attaché à la condition humaine, les grands hommes modérés sont rares ; et, comme il est toujours plus aisé de suivre sa force que de l'arrêter, peut-être, dans la classe des gens supérieurs, est-ii plus facile de trouver des gens extrêmement vertueux que des hommes extrêmement sages.

L'âme goûte tant de délices à dominer les autres flmes; ceux mêmes qui aiment le bien s*aiment si fort eux-mêmes , qu'il n'y a personne qui ne soit assez malheureux pour avoir encore à se défier de ses bonnes intentions : et, en vérité, nos actions tiennent à tant de choses, qu'il est mille fois plus aisé de faire le bien que de le bien fûre.

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