‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 761 sur 975 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

grandeur de la composition établie sur la tête d'un homme faisait donc unede ses grandes prérogatives ; car, outre la distinction qu'elle faisait de sa persom ne, elle établissait pour lui parmi des nations violentes une plus grande sûreté.

La loi des Bavarois nous fait bien sentir ceci < : elle donne le nom des familles bavaroises qui recevai^t une composition double, parce qu'elles étaient les premières après les Agîlolfingues *. Les Agilolfingues étaient de la raoe ducale^ et on choisissait le duc parmi eux; ils avaient une composition quadruple. La composition pour le due excédait d'un tiers celle qui était établie pour les Agilolfhigues. « Parce qu'il est duc , dit la loi , on « lui rend un plus grand honneur qu'à ses pa- « rents. »

Toutes ces compositions étaient fixées à prix d'ah* gent. Mais, comme ces peuples, surtout pendant qu'ils se tinrent dans la Germanie, n'en avaient guère, on pouvait donner du bétail, du blé, des meubles , des armes, des chiens, des oiseaux de chasse, des terres, etc.^. Souvent même la loi fixait la valeur de ces choses 4 : ce qui explique comment, avec si peu d'argent, il y eut chez eux tant de peines pécuniaires.

Ces lois s'attachèrent donc à marquer avec pré* cision la différence des torts, des injures, dés crimes, afin que chacun connût an juste jusqu^à quel point il était lésé on ofGmsé; qu'il sût exactement la réparation qu'il devait recevoir, et surtout qu'il n'en devait pas recevoir davantage.

Dans ce point de vue, on conçoit que celui qui se vengeait après avoir reçu la satisfaction commettait un grand crime. Ce crime ne contenait pas moins une offense publique qu'une offense particulière : c'était un mépris de la loi même. C'est ce crime que les législateurs ne manquèrent pas de punir ^.

Il y avait un autre crime qui fut surtout regardé comme dangereux^, lorsque ces peuples perdirent

' Titre n, chap. xx.

* Hozidra, Ozza, Sagana,Habilingua, Anniena, tbid.

* Ainsi la loi d'Ina estimait la vie ane certaine somme d*argent , ou une certaine portion de terre. Leges Itut régie , titulo de Fillico regio, de priscit Jnglorum legitnu. (Cambridge, 1644.)

* Voyez hiloides Saxons, qoi fait même cette fixation poor plosiears peuples, chap. xvm. Voyez aussi la loi des Rijmaires,Utxrvn,%U;\àloidesBavarois,Utly%lotAV.SiaU' rum non habet, donetaHampecuniam, mancipia, terram, etc.

& Voyez \a lai des Lombards, liv. I , tit. xxv, g SI ; ibid. Uv. I, tit IX, g 8 et 84; ibid. g 38; et le capitulaire de Cbai^ lemagne , de Tan 803 , ébsp. XXxii , contenant une instrucUon donnée à ceux qu*U envoyait dans les provinces.

* Voyez dans Grégoire de Tours, liv. VU, chap. xLVii, le détail d*nn procès ou une partie perd la moitié de la compo

éam le fouvamemenl dril quelque chose de leur eeprft iTindéfirinTire , et que les rois s'attaehèroit à mettre daos l'Étal une meilleure police : ce crime était de ne Toutoir point £ùre, oudeneToukûr pas recevoir la satisfaction. Nous voyons, dans dirers codes des lois des barbares, que les législateurs y obligeaient >. En effet, celui qui refusait de receroir la satisfaction voulait conserver son droit de vengeance; celui qui révisait de la &ire laissait à Toflensé son droit de vengeance; et c'est ce que les gens sages avaient réformé dans les institutions des Germains, qui invitaient à la compoittion, mais n'y obligeaient pas.

Je \iens de parler d'un texte de la loi salique où le législateur laissait à la liberté de l'offensé de recevoir ou de ne recevoir pas la satisfaction : c'est oette loi qui interdisait à celui qui avait douille un cadavre le commerce des honomes. Jusqu'à ce que les parents, acceptant la satisfaction, eussent demandé qu'il pdt vivre parmi lee hommes *. Le respect pour les choses saintes §t que ceux qui rédigèrent les lois saliques ne touchèrent point à l'ancien usage.

Il aurait été injuste d'accorder une composition aux parents d'un voleur tué dans l'action du vol, ou à ceux d'une femme qui avait été renvoyée «près une séparation pour crime d'adultère. La loi des Bavarois ne donnait point de composition dans dss cas pareils, et punissait les parents qui en {Mirsuivaient la vengeance '.

U n'est pas rare de trouver dans les codes des lois des barbares des compositions pour des actions involontaires. La loi des Lombards est presque toujours sensée; elle voulait que, dans ce cas, on composât suivant sa générosité et que les parents ne pussent pkis poursuivre la vengeance 4.

Gotaire II fit un décret très-sage : il défendit à celui qui avait été volé de recevoir sa composition en secret^, et sans l'ordonnanoe du juge. On va voir tout à Theure le motif de cette loi.

ilUoo qui loi avait été a^lngée, pour s*étie foitjaallee eUeméme, au liai de jeeevoir la aattafaclion, quelques eicès qriV^ cOft touflèrts depuis.

' Vajm Uiaidm Saxons, cbap. m, §4; la M dM Xm»- ««irft«lhr.I,lit XKrni,g ltii;ti\tLloi des MIemawU, tit. XLV, g I et 3. Cette dernière loi permettaltdese faire Juaitee totittèMe ,aQr4B^alUMap , et dans te paenier noorement Vogneiauifl tes capiÉÉteiMide Gbarleaiaspe, deraa 770,chBp. um; deraDes2, chap. xubu; ct«eUil 4a nénie, de Ta» 806, *ch. V.

* Lii aamiitetears des lob des Aipnaifies paraissent avoir fBodlAé oad. Wwfm te Utse lkxsv de «et teite.

^ VojpBi te déent de TassUtoa V dtf p9/wteri6«i ladite» , art 3,4, 10, It^ mlAinées JmgUs,m^ya^§é.

4 Uite I, tit. K, g 4.

* FnetMs^rû êtiwrt pock in$er CkUdeheHim ei Citimrimm,

DE L'ESPRIT DES LOIS

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