CHAPITRE IV
Quel était à l'égard des maires le génie de la nation.
Un gouvernement, dans lequel une nation qui avait un roi élisait celui qui devait exercer la puissance royale , parait bien extraordinaire ; mais , indépendamment des circonstances où l'on se trouvait, je crois que les Francs tiraient à cet égard leurs idées de bien loin.
Ils étaient descendus des Germains, dont Tacite dit que, dans le choix de leur roi, ils se déterminaient par sa noblesse, et, dans le choix de leur chef, par sa vertu*. Voilà les rois delà première race, et les maires du palais : les premiers étaient héréditaires , les seconds étaient électifs.
* Deincepe a temporibms Clodovei, qui fkitjllius Dago^ berti inelyti régis, pater vero Thoodorid, regnmn Franco' rum décidons per mt^ons'domus coÊpit ordinari. De mi^orUNU-domas réglas.
' Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt De moribos Germanomm.— Ce passage de TadtB doit étreexpMque et suppléé par César, dont le récit est pins développé. On lit , dans le Ut. YI de la guerre des Gaules, qu*an peuple composé de plusieurs cantons n'ayalt point de chef commun en temps de paix. Les divers cantons étaient régis par leurs magistrats on princes, qui sont probablement ceux que Tacite appelle rois, et qui exerçaient dans la paix le pouvoir civfl, en atteoMlant que la guerre mit en activité leur pouvoir miUtaire. En guerre tous les cantons qui composaient un seul peuple se concertaient ; et entre les ro^ princes, ou magistrats qui gou« vemaient cbiique canton, ils se choisissaient un général pour commander toutes les forces de la nation réunie. Dans ce choix ils se déterminaient, comme le dit Tacite, par la considération de la valeur. Celui de leurs rois des divers cantonf qui passait pour le plus vaillant devenait généralissime, et tonte la nation marchaitsoussesordns;tootefole les troupes de chaque can* ton avalent pour commandant partknUer tour propre roi. Ainsi, dans les armées gennank|ues se trouvaient plusieurs vola, et c'est dequol toutel'liistoire nous Coumit des exemples. Mais ces vols étalent commande par Tun d*entre eux , et non par on chef d'un grade inférieur, comme le suppose le syi« téme de Montesqideo. (Catv.)
508 DE L'ESPRIT DES LOIS
Od ne peut douter que ces princes, qui, dans i Onenyitnattredesmconvénient8sansnombre:il
rassemblée de la nation, se levaient et se proposaient pour chefis de quelque entreprise à tous ceux qui voudraient les suivre , ne réunissent pour la plupart, dans leur personne, et Tautorité du roi et la puissance du maire. Leur noblesse leur avait donné la royauté ; et leur vertu , les faisant suivre par plusieurs volontaires qui les prenaient pour chefis , leur donnait la puissance du maire. Cest par la dignité royale que nos premiers rois furent à la tête des tribunaux et des assemblées , et donnèrent des lois du consentement de ces assemblées ; c'est par la dignité de duc ou de chef qu'ils firent leurs expéditions, et commandèrent leurs armées.
Pour connaître le génie des premiers Francs à cet égard , il n*y a qu'à jeter les yeux sur la conduite que tint Arbogaste, Franc de nation, à qui Yalentinien avait donné le commandement de l'armée '. Il enferma l'empereur dans le palais ; il ne permit à qui que ce fût de lui parler d'aucune affaire civile ou militaire. Arbogaste fit pour lors ce que les Pépins firent depuis.