‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 792 sur 975 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Confosion de la royauté et de la nudrerie^ Seconde race.

L'ordre des matières a fait que j'ai troublé l'ordre des temps ; de sorte que j'ai parlé de Charlema-

* Comme l\ pamtt par son capitulaire de Tàn soi , art. I7, ëana Bahize , tom. I, pag. 300.

* Yoyeztaooostttation , Insérée danftlecode des Lombards , UT. m. Ut. I, fi 44.

3 Voyez la consUtuUon d-dessos, et le capitniaire de Charles le Chauve, de Tan 846, chap. xx, in villa Spamaco, édit. de Baloze, tom. H, pag. 31 ; et œhii de Pan 863, chap. m et v, dans le synode de Soissons , édit. de Baloze, tom. Il , pag. 54 ; et celai de Van 8M , apud AtHniacum , chap. x , édition de Ba- Ime, tom. II, pag. 70. Voyez aussi le capitulaire premier de Chariemagne, incerti anni, art 49 et 66 de Baloze, tom. I, pas. 51V.

4 Voyez les eapHulairés , Ht. ▼, art 44 ; et redit de PMes de Tan 866, art. Set 9, où l'on toit les droits honorlliques des Mlgneors , établis tds qnlls sont ac^oardlial.

* Depuis longtemps ee miot n*est ptos d'usage, on dit mairie. (P.)

gne avant d'avoir parlé de cette époque fameuse dé la translation de la couronne aux Carlovitigiens , faite sous le roi Pépin : chose qui, à la différence des événements ordinaires, est peut-être plus remarquée aujourdliui qu'elle ne le fût dans le temps même qu'elle arriva.

Les rois n'avaient point d'autorité, mais ils avaient un nom; le titre de roi était héréditaire, et celui de maire était électif. Quoique les maires, dans les derniers temps ^ eussent mis sur le trône celui des Mérovingiens qu'ils voulaient, ils n'a< valent point pris de roi dans une autre famille; et l'ancienne loi, qui donnait la couronne à une certaine famille, n'était point effacée du cœur des Francs. La personne du roi était presque inconnue dans la monarchie; mais la royauté ne Tétait pas. Pépin , fils de Charles-Martel , crut qu'il était à pro* pos de confondre ces deux titres : confusion qui laisserait toujours de l'incertitude si la royauté nouvelle était héréditaire, ou non; et cela suffisait à celui qui joignait à la royauté une grande puissance. Pour lors, l'autorité du maire fut jointe à l'auto^ rite royale. Dans le mélange de ces deux autorités i il se fit une espèce de conciliation. Le maire avait été électif, et le roi héréditaire : la couronne, au conunencement de la seconde race, fut élective^ parce que le peuple choisit; elle fut héréditairCf parce qu'il dloisit toujoiurs dans la même famille '.

Le P. le Cointe, malgré la foi de tous les monuments * , nie que le pape ait autorisé 'ce grand changement 3; une de ses raisons est qu'il aurait fait une injustice. Et il est admirable de voir un historien juger de ce que les hommes ont fait, paf ce qu'ils auraient dû faire. Avec cette manière de raisonner, il n'y aurait plus d'histoire.

Quoi qu'il en soft, il est certain que, dès le moment de la victoire du duc Pépin, sa &mille Ait régnante, et que celle des Mérovingiens ne le fht plus. Quand son petit-fils Pépin fht couronné roi, ce ne fut qu'une cérémonie de plus, et un fantême de moins; il n'acquit rien par là que les ornement» royaux .* il n'y eut rien de changé dans la nation.

J'ai dit ceci pour fixer le moment de la révolu-'

t Voyez le testament de Charlemagbe; et le partage que Louis le Débonnaire fit à ses enfants dans rassemblée des élito tenue à Quierzy, rapportée par Goldast : Quempopuhu ^gere velit^ ni pain 8Uo succédai inregtU hœreditate,

> L*anonyme sur Tan 763; et Chron. Centnd. sur Tan 76ê.

3 PàbeUa quœ post Pippini martem excogiiata esip ^fqui'' iati ac saneiitaH Zacharim papœ plurimum adverêatur. ( A0> Biles êcdésiàtiques des Français, tom. II , pag. 319. )

DÉ L'ESPRIT DES LOIS

tion , afin qu'on ne se trompe pas , en regardant comme une révolution ce qui n'était qu'une conséquence de la révolution.

Quand Hugues Capet fut couronné roi , au commencement de la troisième race, il y eut un plus grand changement , parce que TÉtat passa de Fanarchieàun gouvernement quelconque; mais quand Pepin prit la couronne , on passa d'un gouvernement au même gouvernement.

Quand Pepin fut couronné roi , il ne 6t que changer de nom; mais, quand Hugues Capet fut couronné roi , la chose changea , parce qu'un grand fief uni à la couronne fit cesser Fanarchie.

Quand Pepin fut couronné roi, le titre de roi fut uni au plus grand office; quand Hugues Capet fut couronné, le titre de roi fut uni au plus grand fief.

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