‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 802 sur 975 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Que les hommes libres forent rendus capables de posséda

des fiefs.

J*ai dit que les hommes libres allaient à la guerre sous leur comte, et les vassaux sous leur seigneur. Cela faisait que les ordres de l'État se balançaient les uns les autres; et, quoique les fendes eussent des vassaux sous eux, ils pouvaient être contenus par le comte, qui était à la tête de tous les hommes libres de la monarchie.

D'abord 4, ces hommes libres ne purent pas se recommander pour un fief, mais ils le purent dans la suite ; et je trouve que ce changement se fit dans le temps qui s*écoula depuis le règne de Contran jusqu'à celui de Charlemagne. Je le prouve par la comparaison qu'on peut faire du traité d'Andely ^ , passé entre Contran , Childebert et la reine Brunehault, et le partage fait par Charlemagne à ses enfants, et un partage pareil fait par Louis le Débonnaire^. Ces trois actes contiennent des dispositions h peu près pareilles à regard des vassaux; et comme on y règle les mêmes points, et h peu près dans les mêmes circonstances, l'esprit et la lettre de ces trois traités se trouvent à peu près les mêmes à cet égard.

Mais , pour ce qui concerne les hommes libres , il s'y trouve une différence capitale. Le traité d'Andely ne dit point qu'ils pussent se recommander pour un fief 7 : au lieu qu'on trouve , dans les par-

« throni Dei êurU éieti, m quitus Deus sedet, et per qvo$ « «Ma decemit Judicia; quorum patemis correctionibua et m caêtigatorUiJudietU me tubdere/uipanUus , et in prœtenti m «Mil subditua, »

' Voyez le capUalaire de Charles le Chaave, de Cariaiaco, del*an 867 , édit. de Baluze , tom. H, pag. 88, art T, 2 , 3, 4 et 7.

* Yoyex le synode de Pistes , de Tan 862 , art. 4 ; et le capitulaire de Carloman et de Loub II, apud Fernia palatium, de Tan 883, art. 4 et 5.

* Capitolaire de Tan 876 , soos Charles le Chauve , in aynode PonUgonend, édit. de Baluze, art. 12.

4 Voyez oe qoe J'ai dit ci-dessus, au Ut. XXX, chap. der- ■ier, vers la fin.

^ De Tan 687, dans Grégoire de Tours, Ut. IX.

^ Voyez le chapitre suivant , où je parle plus au long de ces partages, et les notes où Us sont cités.

' n n*étai4 pas question à Andely de décider de ceux à qui le

tages de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, des clauses expresses pour qu'ils pussent s*y recommander : ce qui fait voir que depuis le traité d' Andely, un nouvel usage s'introduisait, par lequel les hommes libres étaient devenus capables de cette grande prérogative.

Cela dut arriver lorsque Charles-Martel ayant distribué les biens de l'église à ses soldats, et les ayant donnés , partie en fief, partie en aleu, il se fit une espèce de révolution dans les lois féodales. 11 est vraisemblable que les nobles, qui avaient déjà des fiefs, trouvèrent plus avantageux de recevoir les nouveaux dons en aleu ; et que les hommes libres se trouvèrent encore trop heureux de les recevoir en fief.

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