‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 818 sur 975 · SIXIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

SIXIÈME OBJECTION

« L'auteur dit que la loi qui prescrit à l'homme ses devoirs envers Dieu est la plus importante ; mais il nie qu'elle soit la première : il prétend que la première loi de la nature est la paix ; que les hommes ont commencé par avoir peur les uns des autres , etc. ; que les enfants savent que la première loi c'est d'aimer Dieu, et la seconde , c'est d'aimer son prochain. »

BBPONSE.

Voici les paroles de l'auteur : « Cette loi qui , en imprimant dans nous-mêmes l'idée d'un créateur^ nous porte vers lui, est la première des lois naturelles par son importance, et non pas dans l'ordre de ces lois. L'homme, dans l'état de nature, aurait plutôt la faculté de connaître qu'il n'aurait des connaissances. Il est clair que ses premières idées ne seraient point des idées spéculatives; il songerait à la conservation de son être avant de chercher l'origine de son être. Un homme pareil ne sentirait d'abord que sa faiblesse; sa tUnidité serait extrême; et, si l'on avait là^lessus besoin de l'expérience , l'on a trouvé dans les forêts des hommes sauvages; tout les fait trembler, tout les &it fuir*. » L'auteur a donc dit que la loi qui, en imprimant en nous-mêmes ridée du créateur, nous porte vers lui , était la première des lois naturelles. Il ne lui a pas été défendu , plus qu'aux philosophes et aux écrivains du droit naturel, de considérer l'homme sous divers égards : il lui a été permis de supposer un homme comnte tombé des nues, laissé à lui-même et sans éducation, avant l'établissement des sociétés. £h bien! l'auteur a dit que la première loi naturelle, la plus importante, et par conséquent la capitale, serait pour lui , comme pour tous les hommes , de se porter vers son créateur. Il a aussi été permis à l'auteur d'examiner quelle serait la première impression qui se ferait sur cet homme, et de voir l'ordre dans lequel ces Impressions seraient reçues dans son cerveau; et il a cru qu'il aurait des sentiments avant de foire des réflexions ; que le premier, dans l'ordre du temps, serait la peur; ensuite le besoin de se nourrir, etc. L'auteur a dit que la loi qui , en imprhnant en nous l'idée du créateur, nous porte vers lui, est la première des lois naturelles : le critique

I ' Liv. I, chap. ii.

iU

DEFENSE

dît queia première loi natureBe est d^aimer Dieu : ils ne sont divisés que par les injures.

SEPTIÈMB OBJBCTIOlf.

Elle est tirée du chapitre premier du premier livre « où l*auteur, après avoir dit que « Thomme était un être borné , » a ajouté : « Un tel être pouvait , k tous les instants , oublier son créateur ; Dieu Ta rappelé à lui par les lois de la religion. » Or, diton , quelle est cette religion dont parle Fauteur ? il parle sans doute de la religion naturelle* il ne croit donc que la religion naturelle.

BBPONSl.

Je suppose encore un moment que cette manière de raisonner soit bonne ; et que , de ee que l'auteur n*aurait parlé laque de ta religion naturelle, on en pût conclure qull ne croit que la religion naturelle , et qu^ exdut la religion révélée. Je dis que, dans cet endroit , il a parlé de la religion révélée , et non pas de la religion naturelle : car, s'il avait parlé de la religion naturelle, il serait un idiot. Ce serait consme s'il disait : Un tel être pouvait aisément oublier son créateur, c'est-à-dire la religion naturelle. Dieu l'a rappelé à lui par les lois de la religion naturelle: de sorte que Dieu lui aurait donné la religion naturelle pour perfectionner en lui la religion naturelle. Ainsi , pour se préparer à dire des invectives à l'auteur, on commence par Ater à ses paroles le sens du monde le plus dair, pour leur donner le sens du monde le plus absurde ; [et, pour avoir meilleur marché de lui , on le prive du sens conunun.

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