POLITIQUE
de grand pontife, étaient des magistratares; ceux qui en étaient rerétus étaient membres du sénat, et par conséquent n'avaient pas des intérêts différents de ceux de ce corps. Bien loin de se servir de la superstition pour opprimer la république, ils remployaient utilement à la soutenir. < Dans notre ville, dit Cicéron < , les rois , et les magistrats qui leur ont succédé , ont toujours eu un double caractère, et ont gouverné TÉtat sous les auspices de la religion. »
Les duumvirs avalent la direction des choses sacrées : les quindécemvirs avaient soin des cérémonies de la religion , gardaient les livres des sibylles; ce que faisaient auparavant les décemvirs et les duumvirs. Ils consultaient les oracles lorsque le sénat Tavait ordonné, ^ en faisaient le rapport, y ajoutant leur avis; ils étaient aussi commis pour exécuter tout ce qui était prescrit dans les livres des sibylles, et pour faire célébrer les jeux séculaires : de manière que toutes les cérémonies religieuses passaient par les mains des magistrats.
Les rois de Rome avaient une espèce de sacerdoce. Il y avait de certaines cérémonies qui ne pouvaient éére faites que par eux. Lorsque les Tarquins furent chassés, on craignait que le peuple s'aperçût de qu^que changement dans la religion; cela fit établir un magistrat appelé rex sacrorum, qui , dans les sacrifices, faisait les fonctions des anciens rois, et dont la femme était appelée regina sacrorum. Ce fut le seul vestige de royauté que les Romains conservèrent parmi eux. Les Romains avaient cet avantage , qu'ils avaient pour législateur le plus sage prince dont rhistoire profane ait jamais parlé : ce grand honune ne cherdia pendant tout son règne qu'à faire fleurir la justice et l'équité, et il ne fit pas moins sentir sa modération à ses voisins qu'à ses sujets. Il établit les fiécialiens, qui étaient des prêtres sans le ministère desquels on ne pouvait faire ni la paix ni la guerre. Nous avons encore des formulaires de sennents faits par ces fécialiens, quand on condnait la paix avecquelque peuple. Dans celle que Rome conchit avec Albe, un fécialien dit, dans Tite-Live : « Si le peuple romain est le premier à s'en départir, pubiico consUio doiove maio^ qu'il prie Jupiter de le frapper comme il va frapper le cochon qu'il tenait dans ses mains; » et aussitôt il l'abattit d'un coup de caillou.
Avant de commencer la guerre , on envoyait un
* « j^pmd wtêem, qui renm poiiebantut, Udem auguria iemêbtuU, fU ttHh eH nottra ewiùu, im qua ei fvye*, auçureê, et potUa prwaii êoéem êoeerdoUo pntdUi rem/mbli' etmnligiotmm auclonèuU rewtrunL » (De INriMUone, UO. I )
DBS ROMAINS
f de ces fécialiens faire ses plaintes au peuple qm avait porté quelque dommage à la république. IJ loi donnait un certain temps pour se consulter, et pour diercher les moyens de rétablir la bonne intelligence. Mais si on négligeait de ûiire l'acconmiode» ment, le fécialien s'en retournait, et sortait des terres de ce peuple injuste, après avoir invo^ contre lui les dieux célestes et ceux ànM enfers : pour lors le sénat ordonnait ce qu'il croyait juste et pieux. Ainsi les guerres ne s'entreprenaient jamais à la hâte, et elles ne pouvaient être qu'une suite d'une longue et mûre délibération.
I^ politique qui régnait dans la religion des Ro* mains se développa encore mieux dans leurs victoi* res. Si la superstition avait été écoutée, on aurait porté chez les vaincus les dieux des vainqueurs; on aurait renversé leurs temples; et, en établissant un nouveau culte , on leur aurait imposé une servitode plus rude que la première. On fit mieux : Rome se soumit elle^nême aux divinités étrangères; elle les reçut dans son sein ; et par ce lien, le plus fort qjÀ soit parmi les hommes, elle s'attacha des peinte qui la regardèrent plutôt comme le sanctuaire de la religion que comme la maltresse du monde.
Mais, pour ne point multiplier les êtres, les Romains, à l'exemple des &recs, confondirent adroitement les divinités étrangères avec les leurs : s'ils trouvaient dans leurs conquêtes un dieu qui eût da rapport à quelqu'un de ceux qu'on adorait à Rome, ils l'adoptaient, pour ainsi dire, en lui donnant le nom de la divinité romaine, et lui accordaient, si j'ose me servir de cette expression , le droit de boor» geoisie dans leur ville. Ainsi, lorsqu'ils trouvaient quelque héros fameux qui eût purgé la terre 4e quelque monstre, ou soumis quelque peuple barbare, ils lui donnaient aussitôt le nom d'Hercule. « Nous avons percé jusqu'à l'Océan, dit Tacite > , tX, nous y avons trouvé les colonnes d'Hercule , soit qu'H»cule y ait été, soit que nous ayons attribué à ce héros tous les faits dignes de sa gloire. »
Varron a compté quarante-quatre de ces dompteurs de monstres; Cicéron * n'en a compté que six, vingt-deux Muses, cinq Soleils, quatre Vulcains, cinq Mercures, quatre ApoUons, trois Jupiters.
Eusèbe va plus loin ^\ il compte pres^ie autant de Jupiters que de peuples.
' « Ip$wn quinetiam Oceanum illa ienUivimmê; et gapertêê adhw HertuU» eolmmmaê /amm puigmrii, sme mâàU HerciUeê, êim qmidqmd lêèique «mgni^ktm mtim ,
4^^ ^^ ^|i!.— . ^ , p ^-^^ , , ,. ^ ^1^^ Mnrttmt finnesnor
XXXIT.)
* De Natura deorum, Ub. TII.
3 Prmparatw evangeUca, Ub. UI.
DANS LA RELIGION
Les Romains, qui n'avaient proprement cTautre divinité que ]e génie de la république, ne faisaient point d'attention au désordre et à la confusion qu'ils jetaient dans la mythologie : la crédulité des peuples , qui est toujours au-dessus du ridicule et de rextravagant, réparait tout.
DISCOURS
PROMOMCé A Là RENTRÉE