‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 84 sur 975 · USBEK AU PREBOER EUNUQUE · texte numérisé non relu

USBEK AU PREBOER EUNUQUE

Au sérail dlspahaD.

Recevez , par cette lettre , un pouvoir sans bornes sur tout le sérail ; commandez avec autant d'autorité que moi-même; que la crainte et la terreur marchent avec vous; courez d'appartements en appartements portw les punitions et les châtiments; que tout vive dans la consternation ; que tout fonde en larmes devant vous; interrogez tout le sérail; commencez par les esclaves; n'épargnez pas mon amour; que tout subisse votre tribunal redoutable ; mettez au jour les secrets les plus cachés; purifiez ce lieu infâme, et faites-y rentrer la vertu bannie. Car, dès ce moment , je mets sur votre tête les moindres fautes qui se commettront. Je soupçonne Zélîs d'être celle à qui la lettre que vous avez surprise s'adressait , examinez cela avec des yeux de lynx. De ***, le II de la lune deZUbagé, 1718.

LETTRE CXLK.

NARSrr A USBEK.

AParlt.

Le grand eunuque vient de mourir, magnifique seigneur; comme je suis le plus vieux de tes esclaves , j'ai pris sa place , jusqu'à ce que tu aies fait connaître sur qui tu veux jeter les yeux.

Deux jours après sa mort on m'apporta une de tes lettres qui lui était adressée : je me suis bien gardé de l'ouvrir; je l'aï enveloppée avec respect , et Tai serrée jusqu'à ce que tu m'aies fait connaître tes sacrées volontés.

Hier, un esclave vint , au milieu de la nuit , me dire qu'il avait trouvé un jeune homme dans le sérail : je me levai , j'examinai la diose , et je trouvai que c'était une vision.

Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te prie de compter sur mon zèle , n»on expérience , et ma vieillesse.

Dq 8éra!ldls]>ahao,le5delalaiiedeGemiiiadi 1,1718.

USBEK A NÀEI»T.

Aa sérail dlspaban.

Malheureiix qae vous êtes! vous avez dans vos mains des lettres qui contiennent des ordres prompts el violents; le moindre retardement peut me désespérer; et vous demeurez tranquille sous un vain préteitel

Il se passe des choses horribles ; J*ai peut-être la moitié de mes esclaves qui méritent la mort. Je TOUS epvole la lettre que le premier eunuque m'écrifft là-dessos avant de mourir. Si vous aviez ou- Tert le paquet qui lui est adressé , vous 7 auriez trouré des ordres sanglants. Lisez-les donc ces (ffdres ; et vous périrez , si vous ne les exécutez pas.

De *^, le 25 de la lune de Chalval, 1718.

LETTRE CLL

SOUM A USBEK.

A Paris.

Si je gardais plus longtemps le silence , je serais aittù coupable que tous ces criminels que tu as dans le sérail.

J'étais le confldent du grand eunuque, le plus fidèle de tes esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa fin , il me fit app^er, et médit ces paroles : Je me meurs; mais le seul chagrin que j'ai en quittant la vie, c'est que mes derniers regards aient trouvé les femmes de mon mattre criminelles. Le ciel puisse le garantir de tous les malheurs que je prévois! Puisse, après ma mort, mon ombre menaçante venir avertir ces perfides de leur devoir, et les intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables lieux; va les porter au plus vieux des noirs. Mais , si après ma mort il manque de vigilance, songe à en avertir ton maiure. En achevant ces mots, il expira dans mes bras.

Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant sa mort, sur la conduite de tes femmes. II y a dans le sérail une lettre qui aurait porté la terreur avec «fie, si elle avait été ouverte. Celle que tu as écrite depuis a été surprise à trois lieues d'ici. Je ne sais « q«e e^est : tout se tourne malheureusement.

Cependagt tes femmes ne gardent plus aucune voteoue : depuis la mort du grand eunuque , il semble que tout leur soit permis; la seule Roxane est rrsiée dans le devoir, et conserve de la modestie.

On voit les mœurs se corrompre tous les jours. On ne trouve plus sur le visage de tes femmes cette vertu mâle et sévère qui y régnait autrefois : une joie nouvelle, répandue dans ces lieux, est un témoignage infaillible, selon moi, de quelque satisfaction nouvelle. Dans les phis petites choses , je remarque des libertés jusqu'alors inconnues. Il règne, même parmi tes esclaves, une certaine indolence pour leur devoijretpourl'observation des règles qui me surprend ; ils n'ont plus ce zèle ardent pour ton service, qui semblait animer le sérail.

Tels femmes ont été huit jours à la campagne, à 'une de tes maisons les plus abandonnées. On dit que l'esclave qui en a soin a été gagné , et qu'un Jour avant qu'elles arrivassent il avait fait cacher deux hommes dans un réduit de pierre qui est dans la muraille de la principale chambre, d'où ils sortaient le soir lorsque nous étions retirés. Le vieux eunuque qui est à présent à notre tête est un imbécile à qui l'on fait croire tout ce qu'on veut.

Je suis agité d'une colère vengeresse contre tant de perfidies; et si le ciel voulait, pour le bien de ton service, que tu me jugeasses capable de gouverner, je te promets que, si tes femmes n'étaient pas vertueuses, au moins elles seraient fidèles.

Dq sérail dlspahao , le 6 de la lune de Bebiab 1 , 1719.

LETTRE CLIL

NARSrr A USBEK.

A Paris.

Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne ; je n'ai pas cru devoir le leur refuser. Heureux Usbek! tu as des âmmes fidèles et des esclaves vigilants : je commande en des lieux où la vertu semble s'être choisi un asile. Compte qu'il ne s'y passera rien que tes yeux ne puissent soutenir.

n est arrivé un malheur qui me met en grande peine. Quelques marchands arméniens, nouvdlement arrivés à Ispahan, avaient apporté une de tas lettres pour moi ; j'ni envoyé on esclave pour la chercher : il a été volé à son retour, de manière que la lettre est perdue. Ëcris-moi donc promptement; car je m'imagine que , dans ce changement , tu dois avoir des choses de conséquence à me mander.

IKiBérandeFatniélleedelalaiiedeRdMabi) i7io.

LETIRE CLIII.

Page 1