DISCOURS AU PARLEMENT DE BORDEAUX
que ceux de l'enfance de ce monarque. Le ciel avait attaché au cours de sa vie innocente de si grandes destinées, qu'il semblait être le pupille et le roi de toutes les nations. Les hommes des climats les plus reculés regardaient ses jours comme leurs propres jours. Dans les jalousies des intérêts divers, tous les peuples vivaient dans une crainte commune. Nous, ses Gdèles svyets, nous Français, à qui on donne réloge d'aimer uniquement notre roi , à peine avions-nou^en ce point l'avantage sur les nations alliées, sur les nations rivales, sur les nations ennemies. Un tel présent du ciel , si grand par ce qui s'est passé, si grand dans le temps présent, nous est encore pour l'avenir une illustre promesse. Mé pour la félicité du genre humain , n'y aurait-il que ses sujets qu'il ne rendrait pas heureux? Il ne sera pomt comme le soleil, qui donne la vie à tout ce qui est loin de lui , et qui brûle tout ce qui l'approche.
Nous venons de voir une grande princesse * sortir du deuil dont elle était environnée. Elle a paru, et les peuples divers , dans ces sortes d'événements , uniquement attentifis à leurs intérêts , n'ont regardé que les vertus et les agréments que le ciel a répandus sur elle. Le jeune monarque s'est incliné sur son coeur, la vertu nous est garante pour Tavenir de ce tendre amour que les charmes et les grâces ont fait naître.
Soyez , grand roi , le plus heureux des rois. Nous , qui vous aimons, bénissons le ciel de ce qu'il a commencé le bonheur de la monarchie par celui de la famille royale. Quelque grande que soit la félicité dont vous jouissez , vous n'avez rien que ce que v,os peuples ont mille fois désiré pour vous : nous implorions tous les jours le ciel *, il nous a tout accordé; mais nous l'implorons encore. Puisse votre jeunesse être citée à tous les rois qui viendront après vous! Puissièz-vous, dans un âge plus nriâr, n'y trouver rien à reprendre, et dans les grands engagements où vous entrez , toujours bien sentir ce que doit à l'univers le premier des mortels! Puissiez-vous toujours cultiver, dans la paix, des vertus qui ne sont pas moins royales que les vertus militaires , et n'oubliez jamais que le ciel , en vous faisant n^itte, a déjà fait toute votre grandeur> et que, comme l'immense Océan , vous n'avez rien à acquérir ?
Que le prince en qui vous avez mis votre princi|Kile oonflance * , qui ne trouve votre gloire que \à où il voit votre justice , ce prince inflexible comme
' Ce difooanfiit prononcé dans le temps do mariage do roi. * Le doc de Bourbon.
MONTGIQUIEV.
les lois mêmes , qui décerne toujours ce qu'il a résolu une fois ; ce prince qui aime les règles et ne connaît pas les exceptions, qui se suit toujours lui-même, qui voit la Gn comme le commencement des projets , et qui sait réduire les courtisans aux demandes justes, distinguer leurs services de leurs assiduités, et leur apprendre qu'ils ne sont pas plus à vous que vos autres sujets, puisse être longtemps auprès de votre trône, et y partager avec vous les peines de la monarchie!
Avocats, la cour connaît votre intégrité, et elle a du plaisir de pouvoir vous le dire. Les plaintes contre votre honneur n'ont point encore monté j'usqù'à elle. Sachez pourtant qu'il ne suffit pas que votre ministère soit désintéressé pour être pur. Vous avez du zèle pour vos parties, et nous le louons; mais ce zèle devient criminel, lorsqu'il vous fait oublier ce que vous devez à vos adversaires. Je sais bien que la loi d'une juste défense vous oblige souvent de révéler des choses que la honte avait ensevelies; mais c'est un mal que nous ne tolérons que lorsqu'il est absolument nécessaire. Apprenez de nous cette maxime, et souvenes-vous-en toujours : Ne dites jamais la vébité
AUX dépens de VOTEE VEBTU.
Quel triste talent que celui de savoir déchirer les hommes! Les saillies de certains esprits sont peutêtre les plus grandes épines de notre ministère; et , bien loin que ce qui fait rire le peuple puisse mériter nos applaudissements, nous pleurons toujours sur les infortunés qu'on déshonore.
Quoi ! la honte suivra tous ceux qui approchent de ce sacré tribunal ! Hélas ! craint-on que les grâces de la justice ne soient trop pures ! Que peut-on faire de pis pour les parties? On les fait gémir sur leurs succès mêmes, et on leur rend, pour me servir des termes de l'Écriture , « les fruits de la justice A amers comme de l'absinthe. »
Eh ! de bonne foi , que voulez- vous que nous répondions, quand on viendra nous dire : « Nous sommes venus devant vous, et on nous y a couverts de confusion et d'ignominie ; vous avez vu nos plaies , et vous n'avez pas voulu y mettre d'huile; vous vouliez réparer les outrages qu'on nous a faits loin de vous , et on nous en a fait sous vos yeux de plus réels , et vous n'avez rien dit : vous que , sur le tribunal où vous étiez, nous regardions comme les dieux de la terre , vous avez été muets comme des statues de bois et de pierre. Vous dites que vous nous conservez nos biens : eh! notre honneur nous est mille fois plus cher que nos biens. Vous dites que vous mettez en silreté notre vie! ah ! notre honneur