DISCOUBS AU PARLEMENT DE BORDEAUX
reuse, paroequ'Uleormanquequelquéëâretéducôté de leurs biens , de leur fortune et de teur vie.
Cette même considération doit inspirer à un magistrat juste une grande af!abilité, puisqu'il a toujours affaire à des gens malheureux. Il fiaut que le peuple soit toujours présent à ses inquiétudes ; semblable à ces bornes que les voyageurs trouvent dans les grands chemins , sur lesquelles ils rq>osent leur fiurdeau. Cependant on a vu des Juges qui, refusant à leurs parties tous les égards, pour conserver, disaient-ils, la neutralité, tombaient dans une rudesse qui les en faisait plus sûrement sortir.
Mais qui est-ce qui a jamais pu dire, si Ton en excepte les stoïciens, que cette affection générale pour le genre humain, qui est la vertu de l'homme considéré en lui-même, soit une vertu étrangère au caractère de juge? Si c'est la puissance qui doit endurcir les cœurs, voyez comme l'autorité pater-. nelle endurcit le cœur des pères, et réglez votre magistrature sur la première de toutes les magistratures.
Mais, indépendamment de l^manité, la bienséance et l'affabilité, chez uii peuple poli , deviennent une partie de la justice; et un juge qui en manque pour ses clients commence dès lors à ne plus rendre à chacun ce qui lui appartient. Ainsi, dans nos mœurs, il faut qu'un juge se conduise envers les parties de manière qu'il leur paraisse bien plutôt réservé que grave, et qu'il leur fasse voir la probité de Caton, sans leur en montrer la rudesse et l'austérité.
J'avoue qu'il y a des occasions où il n'est point d'âme bienfaisante qui ne se sente indignée. L'usage qui a introduit les sollicitations semble avoir été fût pour éprouver la patience des juges qui ont du courage et de la probité. Telle est la corruption du cœur des hommes, qu'il semble que la conduite générale soit de la supposer toujours dans le cœur des autres.
O vous qui employez pour nous séduire tout ce que vous pouvez vous imaginer de plus inévitable; qui , pour nous mieux gagner, cherchez toutes nos faiblesses; qui mettez en œuvre la flatterie, les bassesses, le crédit des grands, le charme de nos amis, l'ascendant d'une épouse chérie, quelquefois même un empire que vous croyez plus fort; qui, choisissant toutes nos passions, faites attaquer notre cœur par l'endroit le moins défendu; puissiez-vous à jamais manquer tous vos desseins, et n'obtenir que de la confusion dans vos entreprises! Nous n'aurons point à vous faire les reprodi(s que Dieu fait aux pécheurs dans les livres faints ; « Vous m^avez fait servir a vos iniquités; »
nous résisterons à vos sollicitations les plos hvdies, et nous vous ferons sentir la corruptioQds votre cœur et la droiture du nêtre.
Il faut que fo justice soit universelle» Un ju^a ne doit pas être comme l'ancien Caton, qui fiit le plus juste sur son tribunal, et non dans sa fiamille. La justice doit être en nous une conduite générale. Soyons justes dans tous les lieux, justes à tous égards, envers toutes personnes, eo toates occasions.
Ceux qui ne sont justes que dans les cas où leur profession l'exige, qui prétendent être équitables dans les affaires des autres lorsqu'ils ne sont pas incorruptibles dans ce qui les touche eux-mêmes, qui n'ont point mis l'équité dans les plus petits événements de leur vie, courent risque de perdre bientôt cette justice même qu'ils rendent sur le tribunal. Des juges de cette espèce ressemblent à ces monstrueuses divinités que la Fable avait inventées, qui mettaient bien quelque ordre dans l'univers, mais qui , chargées de crimes et d'imperfections, troublaient elles-mêmes leurs lois, et faisaient rentrer le monde dans tous les dérèglements qu'elles en avaient bannis.
Que le rôle de l'homme privé ne fasse donc point de tort à celui de l'homme public : car dans quel trouble d'esprit un juge ne jette-t-il point les parties , lorsqu'elles lui voient les mêmes passions que celles qu'il faut qu'il corrige, et qu'elles trouvent sa conduite répréhensible comme celle qui a fait nattre leurs plaintes ! « S'il aimait la justice, diraienl* elles , la refuserait-il aux personnes qui lui sont unies par des liens si doux, si forts, si sacrés, à qui il doit tenir par tant de motifs d'estime, d^amour, de reconnaissance , et qui peut-être ont mis tout leur bonheur entre ses mains? »
Les jugements que nous rendons sur le tribunal peuvent rarement décider de notre probité; c'est dans les affakes qui nous intéressent particulière* ment que notre cœur se développe et se fait con* nattre ; c'est là-dessus que le peuple nous juge; c'esl là-dessus qu'il nous craint ou qu'U espère de doos« Si notre conduite est condamnée, si elle est ntm^ çonnée , nous devenons soumis à une espèce de récusation publique; et le droit de juginr que nous excr^ çons est mis , par ceux qui sont obligés de le souffrir, au rang de leurs calamités.
Il est temps. Messieurs, de vous parier de ce jeune prince , héritier de la justice de ses ancêtres comme de leur couronne. L'histoire ne connaît point de roi qui , dans l'âge mâr et dans la force de son gouvemement, ait eu des jours si précieux à FEeirope