AU MÊME
Je ne sais quel tour a fait la lettre que vous m'avez écrite de Barèges ; elle ne m'est parvenue que depuis peu de jours. J'ai été très-scandalisé de la
tracasserie de M. le chevalier d' C'est un
plaisant homme que ce prétendu gouverneur de Barèges : il faut que le cordon bleu lui ait tourné la tête. Quand je le verrai à Paris , je ne manquerai pas de lui demander si vous aver fait bien des progrès en politique par la lecture de ses gazettes. J'ai conté ici la querelle d'Allemand qu'il vous a faite, faisant bien remarquer qu'il est fort singulier qu'un homme né dans les Ëtata du roi de Sardaigne soit inquiet de la petite vérole de ce monarque , et que , tenant par deux frères à la cour de Vienne, il montre d'être fâché de ses échecs. Sachez , mon cher ami , qu*il y a des seigneurs avec qui il ne fiaut jamais disputer après dîner. Vous avez agi très-prudemment en lui écrivant après son réveil . Votre lettre est digne de vous , et je suis enchanté qu'elle l'ait désarmé. Vous devez être glorieux d'avoir triomphé, le jour de Saint-Louis, d'un de nos lieutenants généraux, sans que personne vous ait aidé.
Mandez-moisi vous accompagnerez madame de Montesquieu à Clérac : car mon ouvrage avance*; etsi vous prenez la routeopposée, il faut que je sache où vous faire tenir la partie qui va être prête. Je souhaite que votre voyage sur le pic du midi soit
' Dans le chapitre général tenu par la congrégation de fOratoire, on déclara la guerre à rappel de la bulle Vnigeniius, et aux perruques de poU de chèvre , dont quelques-uns se servaient au lieu de grandes calottes. Plusieurs membres quittèrent plutét que de se soumettre à ces duretés. Le P. Desmolets était bibliothécaire de la maison de Saint-Honoré, et un des plus anciens amis de Tauteur.
* L'Esprit des Lois.
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plus heureux que la chasse d'amiante et la pèche ta truites du lac des Pyrénées. Mon ami, je vois que les ehoses diCBeiles ont de grands attraits pour vous, et que vous suivez pins votre curiosité que vous ne consultez vos forces. Souvenez-vous que vos yeux ne valent guère mieux que les miens : laissez que mon fils, qui en a de bons, grimpe sur les montagnes , et y aille faire des recherches sur l'histoire naturelle; mais gardez les vôtres pour les ehoses nécessaires. Si Ton vous a regardé eomme un politique dangereux , parce que vous aimez à lire les gazettes, vous courez risque que Ton vous fasse passer pour un lorcier, si vous allez grimpant sur des rochers escarpés. Adieu.
De Paris. . . . août I74«.
J*ai lu, docte abbé, votre dissertation avec plaisir; et Je suis sûr que je vous mettrai sur la tête un second laurier* de mon jardm, si vous êtes à la Brède, comme je Fespère, lorsqu^il vous aura été décerné par Tacadémie. Le sujet est beau , vaste, intéressant, et vous Tavez fort bien traité. Je suis bien aise de vous voir, vous , chasser sur mes terres. H y a deux choses dans votre dissertation que je voudrais que vous édaircissiez : ta première, c*est qu'on pourrait croire que vous mettez Carthage, après la seconde guerre punique , au rang des villes ottUmomeê soumises à l'empire romain; vous savez qu'elle continua d'être un État libre et absolument mdépendant; la seconde remarque regarde ce que vous dites du titre é'éleutAérU. Vous n'indiquez point de différence entre les villes qui prenaient ce titre et celles qui prenaient celui d'autonomes. Vous n'avez fait que toucher ce point , et il mériterait d*être éclairci. Vous savez qu'on dispute là-dessus, et que des savants prétendent que Véleuthérie disait quelque chose de plus que VeaUonomie, Je vous consdlie d'examiner un peu la chose , et de faire à ce sujet une addition à votre dissertation.
J'ai fait fedre une l>eriîne, afin que je vous mène plus commodément à Clérae, que vous aimez tant. Nous ne disputerons plus sur Pusure*,
* Ayant appris de Paris qœ rAcadémie avait déoemé le prix a la disserlatk» de Tabbé de Goasoo, Mootesqoiea fit fiire une oouroDDe de laurier ; et , pendant qu^on était à table , U la Ht mettre par sa fille sur la tdie du vainqueur, qui ne s'attendait point à ceUe surprise.
' L*abbé de Guasoo avait eompoaé autrefois un traité sur Tusure , suivant le système des théologiens «'systène contraire •a celui de Tauteur de Y Esprit dt» Loi»» et Impraticable dans les pays de commerce.
et vous gagnerez deux heures par jour. Mes prêt ont besoin de vous. L'Éveîilé' ne cesse de a Ohl si M. l'aUMt était ici 1 » Je vous qu'il sera docile à vos instructions : il fera tant de rigoles que vous voudrez*. Mandez-moi si J« puis me flatter que vous prendrez la route de la Garonne, parce qu'en ce cas je profiterai d'une oecasion qui se présente pour envojrer directenaeiit mon manuscrit 3 à l'imprimeur. Pour vous avoir, je vous dégage de votre parole; aussi bien Timpression ne doit point être faute en HoUande, encore moins en Angleterre, qui est une ennmûe avec laquelle il ne faut avoir de eommeree qik coups de canon. Il n'en est pas de même des Piémontais, car il s'en finit bien que nous soyons en guerre avec eux; ce n'est que par manière d*aequit que nous assiégeons leurs places, et qoTfls prennent prisonniers tant de nos bataillons 4. Vous n'avez donc point de ndsons de nous quittar ; vous serez toujoiffs reçu conune ami en Guienne. lïous nous piquerons de ne pas céder au Languedoc et à la Provence. Je vous remercie d'avoir parlé de moi aliereniiêimo, très^tté qu'Use soit souvenu que j'ai ^ l'honneur de loi faira ma cour à Modène. Je vous enverrai aaon livre que vous bm pour lui. Vous trouverez ci-joints les sements^ peu édaircissants que vous envoie k chapitre de Conuninges. L'abbé, vous êtes biso simple de vous figurer que des gens de chspiue se donnent la peine de faire des reefaerdies littéraires; ce n'est pas moi, c'est mon frères qui est do^ d'un chapitre , qui vous dît de vous mieux adresser. Que cela ne vous fasse cependant pas suspeodif votre histoire de Clément V : vous Paves pronuss à notre académie. Revenez , et vous y travayieres plus à l'aise sur le tombeau ^ de ce pape. Je prétends que vous ne laissiez pas Farticte de Bninisiende, car je crains que vous ne soyez trop timoré poar
* chflfdesBuuKBavMSdêUeimpigaeScHaaCeaqalm.
* n a?ait eu bien de la peine à periaadar à aes payons de faire aller Teau dans un pré attenant an cbàteaa de Is Brède, qull avait entrepris d^améllorer; les paysans t'y exposant par la grande raison baaak qae ce a'itatt pas la coatnme dans leur pays.
) VEiprit des Lois.
* ns*agit id de l'affaire d* Asti, ou neuf batamons françaa tarent faits prisonniers par le roi de Sardalgne.
» Us étaient rdaUfi à iniistoire de Clément GoOt« qwàM évèque de Commlnges , archevêque de Bordeaux, cl CMaSs pape sous le nom de Clément Y. Cest ee pontlfs (pd étaUl à Avignon le siège de la cour de Borne, et çul trmTaiDa, de concert avec Philippe le Bel,à raboUUoo dePocdead» Um^ pliers.
* Le tonbean de ee papeesi daas la ooBégMa driseile, près de Basas , où il fui ealené dans une seigneatle ée la m^ son de GoOt.
nousenparler'; je ne vous demande que démettre une note. Vos recherches vous feront lire des savants ; et un trait de galanterie vous fera lire de ceux qui ne le sont pas. J*ai envoyé votre médttUe à Bordeaux, avec ordre de la remettreàM. de Tour* ni, pow ta remettre à M. Tintendant de Langue^ doc. Mon cher abbé, il y a deux dioses difficiles, d'attraper la médaille, et que la médaille vous attrape. Adieu; je vous attends, je vous désire , et TOUS embrasse de tout mon cceur.
De Paris. . . . I7«6.