A MAUPERTUIS
MORSIBUa MON TRÈ8HSER ET TRèS-ILLtSTRC OMfFRÈltfi ,
Yousaurez reçu une lettre de mol , datée de Paris. J'en reçois une de vous , datée de Potsdam ; comme vous l'aviez adressée à Bordeaux , elle a resté plus d'un mois en chemin, ce qui m'a privé très-longtemps du véritable plaisir que je ressens toujours lorsque je reçois des marques de votre souvenir. Je ne me console point encore de ne vous avoir point trouvé id, et mon cœur et mon esprit vous y cherchent toujours. Je ne saurais vous dire avec quel respect, avec quels sentiments de reeonnaissance, •t, si j'ose le dire, avec quelle joie j'apprends par votre lettre la nouvelle que l'académie m'a feit rbonnenr de me nommer un de ses membres : il n'y a que votre amitié qui ait pu lui persuader que je pourra» aspirer à cette place. Cela va me donner de l'émulation pour valoir mieux que je ne vaux ; et il y a longtemps que vous auriez vu mon ambition , si je n'avais craint de tourmenter votre amitié en la feisant paraître. Il faut à présent que vous acheviez votre ouvrage, et que vous me marquiez ce qoe je dois faire en cette occasion, à qui et comment il faut que j'aie l'honneur d'écrire, et comment il Crat que je fiasse mes remerctments. Conduisezmoi, et je serai bien conduit. Si vous pouvez dans quelque conversation parler au roi de ma reconnaissance, et que cela soit à propos, je vous prie àe le faire. Je ne puis offrir à ce grand prince que de l'admiration, et en cela même je n'ai rien qui puisse presque me distinguer des autres hommes.
Je suis bien fâché de voir par votre lettre que vous n'êtes pas encore consolé de la mort de monmeor votre père. J*en suis vivement touché moi-
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même ; c'est une raison de moins pour nous pour espérer de vous revoir. Pour moi , je ne sais si c'est une chose que je dois à m<m être physique ou à mon être moral; mais noon âme se prend à tout. Je me trouvais heureux dans mes terres , où je ne voyais que des ari>res; et je me trouve heureux à Paris , au milieu de ce nombre d'hommes qui égalent les sables de la mer : je ne demande autre chose à la terre que de continuer à tourner sur son centre ; je ne voudrais pourtant pas faire avec elle d'aussi petits cercles que ceux que vous faisiez quand vous étiez à Toméo. Adieu , mon cher et illustre ami; je vous embrasse un million de fois.
à Paris , oe )5 Dovembre 1740.